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AFRICA

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Mardi 7 avril 2009

Décidément, les propos du Pape Benoît XVI sur le préservatif ne finissent pas de susciter des commentaires. Dernière réaction en date, celle du professeur Laurent K. Bado qu’on ne présente plus. Dans les lignes qui suivent, il apporte son soutien au souverain pontife. Comme sa dernière sortie médiatique sur les « coups d’Etat salvateurs », celle-ci ne manque pas de piquant. Lisez plutôt.

“Au Cameroun, le Pape Benoît XVI a exprimé, en des termes on ne peut plus de clarté cartésienne, son opposition aux préservatifs comme moyens d’endiguer la pandémie du Sida. Son opposition a fait l’objet de toutes les critiques et de toutes les contestations de par le monde. Une présentatrice de France 24, en entretien avec Alain Juppé, est allée jusqu’à se demander s’il ne faut pas destituer ce Pape qui rame à contre-courant de la société. Sans être ni prêtre (offrant), ni théologien, le fidèle catholique que je suis, croît avoir son mot à dire, ne serait-ce que pour échanger avec ses frères du Burkina Faso. Mon propos consistera à me demander pourquoi le Pape dit non aux préservatifs, puis, qui est contre le non du Pape aux préservatifs… ?

 

I - Pourquoi le Pape dit non aux préservatifs ?

Il y a la cité des hommes et la cité de Dieu. La première est constituée par nos Etats, autrement dit, nos sociétés regroupant un grand nombre d’individus qui, vivant sur un même territoire, unissent leurs efforts pour obtenir, sous une direction unique et avec des lois communes, une plus grande prospérité matérielle de tous leurs membres. La seconde est préparée ici-bas par les religions.

L’Etat et la religion ont donc affaire aux mêmes hommes : l’Etat est souverain dans l’ordre temporel et dans un ressort territorial donné ; la religion est souveraine dans l’ordre spirituel et sans ressort territorial donné (en ce qu’elle est universelle). La frontière entre les deux a été tracée, en ce qui concerne la religion catholique, par le Pape Léon XIII dans son encyclique « Immortale Dei » du 20 avril 1885 : à l’Eglise, tout ce qui concerne la religion, le salut des âmes, le service de Dieu ; à l’Etat, tout ce qui constitue le domaine civil et politique.

Mais ayant affaire aux mêmes hommes, l’Eglise et l’Etat doivent collaborer (cf. Pie XII, radio - message du 24 décembre 1951) car, l’Etat sans l’Eglise, c’est un corps sans âme et l’Eglise sans l’Etat, c’est une âme sans corps (cf. Léon XIII, encyclique « Libertas » du 20 juin 1888). Pour cette collaboration utile et nécessaire, il faut distinguer l’Eglise et l’Etat sans les séparer, les unir sans les confondre car, « séparer l’Etat de l’Eglise, c’est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur » (cf. Pie X, « Vehementer Nos » du 11 février 1906).

Au nom de cette collaboration, l’Eglise catholique s’autorise un droit de regard sur la conduite des affaires de la société par le pouvoir civil. Dans ce sens, le Concile Vatican II déclare que « l’Eglise qui…ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique…doit pouvoir et toujours prêcher la foi avec une authentique liberté, enseigner sa doctrine sociale, accomplir sans entraves sa mission parmi les hommes, porter un jugement moral, même en des matières qui touchent le domaine politique, quand les droits fondamentaux de la personne ou le salut des âmes l’exigent… » (cf. « Gaudium et Spes »).

En clair, l’Eglise pense avoir le droit, d’abord de définir, d’interpréter et de sauvegarder toutes les lois naturelles ou révélées qui doivent régir la vie sociale, ensuite, de juger si, dans tel cas concret, les décisions prises par l’Etat sont conformes ou non à ces lois, car, « elle ne peut renoncer à proclamer, devant ses fils et devant le monde entier, les lois fondamentales et inébranlables qu’elle doit de préserver de toute déformation, de toute obscurité ,de toute souillure, de toute fausse interprétation et de toute erreur » (cf. Pie XII, radio – message du 24 décembre 1942) ; « elle doit même intervenir si le pouvoir méconnaît ces lois naturelles » (cf. Pie XI, discours du 19 septembre 1925).

De ce qui précède, comment ne pas comprendre le non papal aux préservatifs quand on est un chrétien vrai de vrai et non de nom ? Benoît XVI est le successeur de saint Pierre sur qui Jésus a bâti son Eglise ; il est le gardien non sommeilleux du dépôt sacré de la foi dont un seul iota ne doit disparaître. En disant non aux préservatifs, ce n’est pas un homme politique, un philosophe, un scientifique qui se prononce sur un phénomène social. C’est le chef suprême de l’Eglise catholique, le vicaire du Christ qui proclame, urbi et orbi, une valeur et une exigence de la foi catholique. C’est à prendre ou à laisser. Et moi, je prends : la vertu n’est jamais où la vérité n’est pas. La vérité, c’est que Dieu a créé l’homme et la femme (égaux en nature et en vocation mais différents) pour parachever sa création (« Emplissez la terre et soumettez- la).

Placés au-dessous de Dieu et au-dessus des animaux, l’homme et la femme, pour remplir leur mission assignée par le Créateur, sont appelés à devenir un par le lien du mariage. L’union de leurs âmes s’exprime par l’union de leurs corps. En d’autres termes, par l’acte charnel, homme et femme manifestent l’amour qui les unit et peuvent continuer l’œuvre de procréation. L’amour poursuit donc des fins : le bonheur du couple (« il n’est pas bon que l’homme soit seul ; il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie » !) et le pouvoir de procréer.

Il se trouve qu’avec la civilisation des plaisirs, le sexe est ramené au rang de produit de consommation courante ; on fait l’amour comme on fume ou on boit, donc sans amour au nom d’un prétendu besoin physiologique (quand chez nous, le sexe était un tabou ; filles et garçons étaient nus jusqu’au mariage sans se donner dans le libertinage sexuel et l’homme marié devait s’abstenir tant que le nouveau – né ne marche pas !) et on ne voit dans la femme qu’un gadget sexuel : son vagin est dévalorisé, son clitoris est promu, l’amour lesbien est exalté sur l’air du TE DEUM ! La sanction de cette sexualité désordonnée, désorientée et déshumanisée (avec l’homosexualité, la pédophilie, l’animalité), c’est le sida, annoncé par saint Paul dans Romains I, 24-25-26.

Le préservatif, n’en déplaise aux scientifiques enflés d’orgueil, mais vides de tout bon sens, est un remède pire que le mal qu’il entend guérir en ce qu’il ne s’attaque pas aux causes de la maladie, mais aux conséquences ; comme certains remèdes administrés, il a un effet secondaire : il incite au libertinage sexuel, à la dévalorisation et à l’animalisation de l’amour humain, ce qui est contraire au plan de Dieu.

Si on n’arrête pas le vent au filet, tout comme on ne conserve pas une glace dans un four, on n’éradiquera pas le sida par le port du préservatif qui est un stimulant irrésistible à la dissolution morale. C’est par une sexualité ordonnée, orientée, respectueuse de la dignité native et de la vocation de l’espèce humaine que le virus diabolique repartira où il se cachait. Voici la vérité biblique que le Pape s’est contenté de rappeler aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté. Il ne demande à personne de l’accepter. Il dicte seulement aux disciples de Jésus leur devoir moral. Et quand la vertu parle, force est au vice d’avoir la décence de se taire.

 

II- Qui est contre le non du Pape aux préservatifs ?

Ceux qui pensent et disent que Benoît XVI est un vieillard sénile, complètement fermé au monde et à son évolution, ne se trompent pas ; ils ont une idée claire derrière la tête qui est de détruire l’Eglise Catholique. Les ennemis déclarés ou cachés de celle-ci, il faut les rechercher en dehors et au-dedans. D’abord, les ennemis du dehors. La révolution libérale de 1789 a fait un grand mal à la société humaine.

En érigeant la liberté individuelle en un bien et valeur suprême, elle a fait de l’individu un roi dans le groupe au moyen d’ailleurs d’un mensonge monstrueux et d’une contradiction stérile. Le mensonge tient à ce postulat erroné emprunté à ce philosophe tourmenté de Jean Jacques Rousseau : « L’homme est né libre à l’état de nature mais, pour garantir sa survie, il a passé un contrat avec d’autres hommes pour fonder une communauté ». Voilà qui est faux, aussi faux qu’une chose puisse l’être.

La vérité est que tout homme naît dans une société domestique (la famille) ayant ses principes, elle- même inféodée dans une société civile plus vaste (l’Etat) ayant ses lois et ses valeurs ! La contradiction se trouve dans la déclaration selon laquelle « le but de toute association politique (c’est-à-dire de la société constituée) est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme » (cf. article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789).

Voilà qui est absurde : comment l’homme, pour son mieux-être, peut-il renoncer volontairement à sa liberté de nature (où il fait tout ce qu’il veut, tout ce qui lui plaît, tout ce qui lui convient) par un contrat de vie en communauté humaine et prétendre continuer à jouir de cette même liberté de nature dans la communauté ainsi fondée ? Par ce mensonge initial et cette contradiction finale, la révolution a déifié l’homme : sa raison lui suffit pour déterminer le vrai et le faux (et tant pis si elle est incompétente !) et sa conscience lui suffit pour déterminer le bien et le mal (et tant pis si elle est dévoyée !).

Le libéralisme repose ainsi sur un principe fondamental dégagé par le cardinal Billot : « La liberté est le bien fondamental de l’homme, bien sacré et inviolable auquel il n’est point permis de porter atteinte… par suite, cette liberté sans limite doit être la pierre immobile sur laquelle s’organiseront tous les éléments des rapports entre les hommes, la norme immuable d’après laquelle seront jugées toutes choses du point de vue du droit ; dès lors, sera équitable, juste et bien, tout ce qui, dans une société, aura pour base le principe de la liberté individuelle inviolée, inique et pervers tout le reste ». Le libéral, comme défini par l’Abbé Roussel en 1926, est « un fanatique d’indépendance qui la prône, jusqu’à l’absurdité, en tout domaine ».

Voici donc les ennemis du dehors : ce sont tous ces champions de la liberté individuelle infinie, définie par l’indéfini. Pour eux, rien ne doit s’imposer à l’individu du dehors puisqu’il a sa raison pour distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, et sa conscience pour distinguer ce qui est bien de ce qui est mal. Autrement dit, ni la société, ni Dieu ne peuvent dicter des choix à l’individu ; si ce dernier choisit de se jeter sur le sexe avec l’assouvissement d’un fauve libéré, il exerce pleinement et souverainement sa liberté morale.

Par conséquent, s’opposer aux préservatifs, c’est limiter la liberté de disposer de son corps, de jouir de son sexe selon son bon vouloir et ce, au nom d’un principe imposé de l’extérieur ! Le non papal aux préservatifs viole donc le principe fondamental du libéralisme ; il ne peut qu’irriter les partisans de l’individu - roi, de l’homme qui se fait Dieu. Ensuite, les ennemis de l’intérieur. Ce sont les mêmes libéraux qui se sont infiltrés à l’intérieur de l’Eglise catholique, comme le ver dans le fruit, pour la détruire. Les fanatiques d’indépendance de l’homme entendent chasser Dieu de la cité des hommes et ils s’y sont préparés depuis la révolution.

On se rappellera que Jésus avait mis ses disciples en garde contre les faux prophètes, c’est-à-dire tous ceux qui viendront enseigner autre chose que ce qui a été révélé. Il était allé jusqu’à se demander s’il trouvera la foi, à son retour, sur la terre. A sa suite, Pierre, Jude, Jean et Paul ont annoncé les faux docteurs, les antéchrists et les impies. Dans sa seconde épître à Timothée, Paul prévoit les temps modernes : « Il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l’oreille de la vérité et se tourneront vers les fables ».

Effectivement, depuis 1789, les partisans de l’individu- roi tentent de changer, non pas l’aventure de l’Eglise catholique dans le temps et l’espace, mais sa nature, de façon à l’anéantir :
 au lendemain de 1789 qui a célébré la rupture entre la cité des hommes et la cité de Dieu, des catholiques (prêtres ou laïcs), sous couvert de réconcilier le christianisme et la pensée moderne, vont interpréter les Saintes Ecritures pour les conformer aux exigences intellectuelles, philosophiques, morales et scientifiques des temps modernes.

Ce fut la conduite d’un Félicité de Lamennais qui n’hésita pas à affirmer que « l’humanité est infaillible et ses membres ont le droit de s’exprimer en l’absence d’une tête pensante…Le développement de la liberté individuelle est la condition nécessaire du salut des hommes » !. En clair, on n’a pas besoin d’un Pape pour nous dicter la voie à suivre ! C’est peut-être à cette dérive que la Vierge Marie pensait en confiant aux enfants de La Sallette, en 1846, que « Rome perdra la foi, une éclipse se répandra sur Rome ».

A la même époque, un ancien prêtre excommunié et converti au libéralisme, Roca de son nom (1830-1893), fera des drôles de prophéties sur l’avenir de l’Eglise catholique : « La nouvelle Eglise, qui probablement ne pourra plus rien garder de l’enseignement et de la forme primitive de l’ancienne Eglise, recevra néanmoins la bénédiction et la juridiction canonique de Rome… Le culte divin (liturgie, cérémonial, rituel) subira une transformation à la suite d’un concile œcuménique qui lui rendra la simplicité respectable de l’âge d’or apostolique, en accord avec l’état nouveau de la conscience et de la civilisation moderne…

Il en ressortira une chose qui fera la stupéfaction du monde ; cette chose sera la démonstration de l’accord parfait entre l’idéalité de la civilisation moderne et l’idéalité du Christ et de son Evangile. Ce sera la consécration du nouvel ordre social et le baptême solennel de la civilisation » (cf. A. Briault et P. Fautrad, Le ralliement de Rome à la Révolution, Fautrad, Paris, 1978). Inquiétant n’est-ce pas ? Roca a prédit alors la chute de la papauté, « morte sous le couteau sacré que les Pères du dernier Concile forgeront » et la dévalorisation de la fonction sacerdotale, « les nouveaux prêtres se disant progressistes, abandonnant la soutane et se mariant » ;

 dans la seconde moitié du 19e siècle, le mouvement libéral dans l’Eglise s’amplifia. Le chef de file de ce mouvement, Alfred Loisy, ira jusqu’à dire que « les catholiques doivent adapter la religion aux besoins intellectuels, sociaux et moraux du temps présent ». En clair, il faut adapter Dieu à l’homme moderne à partir d’une relecture de la Bible ! Le catholicisme libéral gagna toute l’Europe, pénétra en Amérique où il prit le nom d’Américanisme qui fut condamné en 1899 par le Pape Léon XIII ( cf. « Testem Benevolentiae ») ;

 dans la première moitié du 20e siècle, la montée du catholicisme libéral est si puissante que le Pape Pie X (élu à la place du cardinal Rampola que les francs-maçons voulaient hisser à la tête de l’Eglise !) s’en prit violemment aux réformateurs : « Il n’a jamais manqué d’hommes au langage pervers, diseurs de nouveautés et séducteurs, sujets de l’erreur et entraînant à l’erreur. Mais il faut le reconnaître, le nombre s’est accru étrangement, en ces derniers temps, des ennemis de la Croix de Jésus-Christ » ( cf. « Pascendi Dominici Gregis » du 8 septembre 1907).

Et le Saint-Pape de les montrer du doigt : « Ce sont des laïcs et des prêtres qui, sous couleur d’amour de l’Eglise, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu’aux moelles d’un venin d’erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l’Eglise ! ». C’est peut-être ce péril rénovateur qui a poussé la Vierge Marie à confier aux enfants, en 1917, à Fatima, que « l’Eglise et sa hiérarchie subiront une désorientation diabolique » !

 au milieu du 20e siècle, le cardinal Pacelli, futur Pape Pie XII, fera part de ses angoisses : « … J’entends autour de moi des novateurs qui veulent démanteler la Chapelle Sacrée, détruire la flamme universelle de l’Eglise, rejeter ses ornements, lui donner le remords de son passé historique. Eh bien, j’ai la conviction que l’Eglise de Pierre doit assumer son passé ou alors elle creusera sa tombe… Un jour viendra où le monde civilisé reniera Dieu, où l’Eglise doutera comme Pierre a douté. Elle sera tentée de croire que l’homme est devenu Dieu, que son Fils n’est qu’un symbole, une philologique comme tant d’autres et, dans les églises, les chrétiens chercheront en vain la lampe rouge où Dieu les attend comme la pécheresse criant devant le tombeau vide : où L’ont-ils mis ? » (cf. Simple Lettre, numéro 53, novembre - décembre 1988) ;

 dans la seconde moitié du 20e siècle, le Concile Vatican II a été l’occasion rêvée pour les rénovateurs de semer l’ivraie dans le champ de Jésus-Christ. Pour réconcilier le catholicisme et le modernisme, il a assimilé (et le mot est du cardinal Joseph Ratzinger, actuel Pape Benoît XVI !) les valeurs de deux siècles de culture libérale. Cette assimilation est à peine voilée dans le discours de clôture du Concile, prononcé le 7 décembre 1965 par le Pape Paul VI : « Toute la richesse doctrinale du Concile ne vise qu’à une chose : servir l’homme… La religion du Dieu, qui s’est fait homme, s’est rencontrée avec la religion – car c’en est une – de l’homme qui se fait Dieu ….

Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme ». Et quatre ans plus tard, Paul VI dira : « Est désormais bien connue de tous la position nouvelle adoptée par l’Eglise par rapport aux réalités terrestres… l’Eglise accepte de reconnaître le monde comme auto- suffisant, elle ne cherche pas à en faire un instrument pour ses fins religieuses » (cf. L’Observatore Romano du 24 août 1969). Voilà qui se passe de commentaire, sauf à donner celui du cardinal Suenens : « Le Concile, c’est 1789 dans l’Eglise ».

L’ivraie semée par les rénovateurs a poussé, créant une crise au sein de l’Eglise. Paul VI a parlé de cette crise successivement le 7 décembre 1968, le 8 décembre 1970 et le 29 juin 1972 (cf. Doc – Catho, numéro 1531, p 12, Una Voce, numéro 144 de janvier –février 1989, p2 et Doc Catho, numéro 1813 p. 658). Et, dans son entretien avec Jean Guitton en septembre 1977, il expliquait cette crise en ces termes : « A l’intérieur du catholicisme, une pensée de type non catholique semble parfois avoir le dessus » ! Jean Paul II en a parlé dans un discours daté du 6 février 1981 : « De nombreux chrétiens se sentent perdus, confus, perplexes et même déçus…Des idées sont répandues de tous côtés qui contredisent la vérité qui fut révélée et a toujours été enseignée.

De véritables hérésies ont été divulguées dans les domaines du dogme et de la morale ». Le cardinal Joseph Ratzinger, en sa qualité de préfet, depuis 1982, de la sacrée congrégation pour la doctrine de la foi, a confessé dans ses « Entretiens sur la foi » (cf Fayard, Paris, 1985, p 30 et s) que « on s’attendait à un bon en avant et on s’est retrouvé au contraire face à un processus de décadence ». Il a même ajouté : « Il faut affirmer en toutes lettres qu’une réforme réelle de l’Eglise présuppose un abandon sans équivoque des voies erronées dont les conséquences catastrophiques sont désormais incontestables ».

On le voit bien, les ennemis intérieurs sont prêts à réussir leur pari : libérer l’homme du joug de Dieu. Ils sont partout, à tous les niveaux de la hiérarchie catholique. Un seul exemple : en 1988, suite au scandale de la célèbre loge P2 dont Licio Gelli était le grand Maître, la police avait dressé une liste de 79 prélats italiens francs-maçons (liste publiée par Simple Lettre, numéro 52 de septembre –octobre 1988). Même le Père Annibal Bugnini, qui a présidé la commission préparatoire de la messe normative de Paul VI, a été reconnu franc-maçon et limogé le 11 juillet 1975 de son poste de secrétaire de la sacrée congrégation pour le culte divin.

On a une idée du travail accompli par les partisans de l’homme qui se fait Dieu avec cette opinion du franc-maçon Yves Marsaudon sur les résultats du concile : « Nous ne pensons pas qu’un franc-maçon digne de ce nom ne puisse se féliciter sans réserve des résultats irréversibles du concile… On peut vraiment parler là d’une révolution qui, partie de nos loges maçonniques, s’est étendue magnifiquement au-dessus du dôme de saint Pierre » (cf. Présent du samedi 21 février 1987).

On doit craindre pour l’avenir de l’Eglise avec les voies erronées qui prennent le dessus, dans la pratique, sur les voies justes : des congrégations religieuses font des campagnes pour l’avortement, l’homosexualité, la fin du célibat des prêtres (entre le 7 décembre 1965 et le 31 décembre 1985, 70 000 prêtres ont pris femme en Occident !) ; des dogmes et des commandements de Dieu sont remis en cause ; par exemple : Mgr Gaillot déclare que l’évangile est une parole comme une autre, à ce titre contestable, que nous ne devons pas chercher à imposer, que l’acte sexuel en dehors du mariage n’est pas un péché, que les homosexuels sont d’excellents catholiques ; les évêques Bouchex, Coffy, Facheau, Garrone, Gouyon, Honoré, Maziers, Motte, Panafieu, Pézéril, etc., et les Pères Pascal, Cardonnel, Blanquart, nient l’au-delà !

Le Père Durand traite même d’idiots les catholiques qui croient au ciel : « Un tas de gens s’imaginent qu’après la mort, il y a quelque chose, une vie. C’est dingue » (cf. Introïbo numéro 20 d’avril 1978 ) ; l’abbé Charlot nie la présence réelle : « L’hostie ne contient pas Jésus ; elle révèle sa présence agissante en son Eglise… » ; l’abbé Bernard Feuillet affirme que Jésus n’est pas Dieu ! Pierres vivantes et parcours catéchétiques (nouveau recueil illustré de catéchisme depuis 1981 en France) nient l’ascension, l’assomption, l’annonciation, le purgatoire et l’enfer. Elles vont jusqu’à dire que Jésus n’est pas venu sur terre pour notre Rédemption, mais qu’il est mort pour s’être solidarisé avec les méprisés et les exclus !

Quant à la messe normative de Paul VI, dont le caractère sacrificiel est intelligemment évacué (dépouillement de l’autel et de l’Eglise malgré la condamnation de Pie XII avec son encyclique « Médiator Dei « de 1947 ; mise à l’écart du Tabernacle ; utilisation de corbeilles, écuelles vernies, calebasses peintes pour la distribution de la communion, malgré la condamnation de Jean Paul II avec son instruction « Inestimabile Donum » du 23 mai 1980 ; communion debout et à la main à la mode arienne, condamnée par Jean Paul II à l’article 9 de son instruction précitée, par le Pape Sixte 1er en 120, par le Pape Saint Eutychien au 3e siècle, par les conciles de Rouen et de Constantinople et même par Vatican II qui ne l’a acceptée que là où elle était déjà pratiquée !), elle a chassé des milliers et des milliers de catholiques qui ont rejoint l’athéisme, ou les sectes, ou encore d’autres religions comme l’islam (plus de 1000 mosquées construites entre 1980 et 1990 en France contre 10 seulement entre 1970 et 1980 ! Dans la seule année 1987, 100 000 catholiques se sont convertis à l’islam selon le Figaro du 17 septembre 1987).

Les ennemis de Dieu, dans cette bataille sans merci contre l’Eglise, ont une arme fatale : l’abandon, par le prêtre, de l’habit clérical. Nombreux sont les prêtres qui croient réellement que l’habit ne fait pas le moine ; ils feignent d’oublier que la plume fait l’oiseau ! Les ennemis de l’Eglise, eux, ne s’y trompent pas. Le 4 mars 1904, Ferdinand Buisson, un anticlérical enragé, déclarait : « L’habit ne fait pas le moine ! Eh bien, je soutiens que c’est l’habit qui fait le moine. L’habit, pour le prêtre, est le signe, le symbole perpétuel de sa mise à part, le signe qu’il n’est pas un homme comme les autres…Cet habit est une force et la mainmise d’un maître qui ne lâche pas son esclave.

Et notre rêve est de lui arracher sa proie. Quand l’homme aura déposé cet uniforme de la milice où il est enrôlé, forcément, il retrouvera la liberté de s’appartenir… il redeviendra sûrement, tôt au tard, l’homme de la famille, l’homme de la cité… Laissons-le se laïciser tout seul, la vie aidant, comptons sur la nature pour reprendre ses droits ». A chacun d’apprécier ! Un autre franc-maçon, Breyer, déclarera en 1959 : « La liquéfaction de Rome se termine sous l’effort d’une jeune prêtrise qui n’aura plus rien de commun avec l’obscurantisme clérical ».

A mon sens, c’est tout cela qui pousse Benoît XVI à vouloir redresser la barque de Saint Pierre, en ramenant l’Eglise au but divin dont elle est en train de s’écarter sous l’action et la pression des ennemis de Dieu. Il ne cherche pas à plaire ni aux chrétiens, ni aux autres hommes, mais plutôt à satisfaire à la loi divine. Admettre le préservatif pour combattre le sida qui s’origine dans la dissolution des mœurs, c’est autant conseiller à l’ivrogne de continuer à boire en prenant un produit désenivrant !

Courage Saint-Père !

Député Laurent K. Bado : Ancien séminariste

 

 

Par Batin - Publié dans : Théologie - Communauté : Catholique penseur
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Dimanche 16 novembre 2008

CONCLUSION

 

En conclusion, on peut dire que le texte de la déclaration fut loin d’être bien accueilli. Dans les débats qui s’ensuivirent, on mit l’accent sur les brefs passages concernant l’Eglise, surtout l’affirmation selon laquelle la succession apostolique dans le sacrement de l’Ordre et la plénitude du mystère eucharistique pour l’Eglise étant capitaux, les Communautés ecclésiales issues de la Réforme ne pouvaient pas être appelées « Eglises au sens propre ». Ceci conduisit à des disputes virulentes et à la non réception de ce document par beaucoup.

Cette déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est certes très doctrinale, mais elle a l'immense mérite de délimiter clairement le cadre d'un œcuménisme et d'un dialogue interreligieux basés sur la vérité[1]. Elle est conçue comme une contribution au dialogue interreligieux et veut approfondir l’adhésion chrétienne à l’unicité de Jésus-Christ, une exigence centrale du point de vue œcuménique.



[1] Cf Les réactions des Orthodoxes et des Protestants à la parution du document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi intitulé Réponses à des questions concernant certains aspects de la doctrine de l’Eglise.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

1. AAVV, L’Eglise. Constitution Lumen Gentium, coll. Vivre le Concile, Mame, 1996.

2. CATECHISME DE L’EGLISE CATHOLIQUE, Cerf, Paris, 1998.

3. CONCILE VATICAN II, Constitutions, Décrets, Déclarations et Messages, Centurion, 1967.

4. CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, DC 2000, n. 2233, pp. 817-818.

5. CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Mysterium Ecclesiae, DC 70 (1973).

6. CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Notification à propose du livre du Père Leonardo BOFF : Eglise : charisme et pouvoir, AAS 77 (1985), pp. 756-762.

7. CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Notification au Père Jon SOBRINO, DC 2007, n. 2380, pp. 465-472.

8. CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Notification sur le Livre du Père Jacques DUPUIS « Vers une théologie du pluralisme religieux », 24 janvier 2001.

9. CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Réponses à des questions concernant certains aspects de la doctrine sur l’Eglise, 29 juin 2007.

10. DUMEIGE G., La Foi Catholique, Orante, Paris, 1996.

11. JEAN-PAUL II, Redemptoris Missio, 7 décembre 1990.



 


Par Batin - Publié dans : Théologie - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Vendredi 14 novembre 2008

Sixième Partie : L’EGLISE ET LES RELIGIONS FACE AU SALUT

 

Enfin, la dernière partie aborde un autre sujet difficile : l'Eglise et les religions face au salut. La déclaration résume la doctrine catholique sur l’Eglise: «il est nécessaire de tenir ensemble ces deux vérités, à savoir la possibilité réelle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la nécessité de l'Eglise pour le salut»[1]. Avec précision, le texte rappelle ce que la théologie doit encore approfondir : «Sur la modalité de transmission aux non-chrétiens de la grâce salvifique de Dieu, toujours donnée par le Christ en l'Esprit et dans un rapport mystérieux avec l'Eglise, le concile Vatican II s'est contenté d'affirmer que Dieu la donne “par des voies connues de lui”. La théologie cherche à approfondir cette idée»[2]. Tout ce qui précède montre qu'«il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l'Eglise comme un chemin de salut parmi d'autres»[3].

Le rôle de l'Eglise est donc irremplaçable : « Avec l'avènement de Jésus-Christ sauveur, Dieu a voulu que l'Eglise par lui fondée fût l'instrument du salut de toute l'humanité. Cette vérité de foi n'enlève rien à la considération respectueuse et sincère de l'Eglise pour les religions du monde, mais en même temps, elle exclut radicalement la mentalité indifférentiste “imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que toutes les religions se valent”. S'il est vrai que les adeptes d'autres religions peuvent recevoir la grâce divine, il n'est pas moins certain qu'objectivement ils se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport à ceux qui, dans l'Eglise, ont la plénitude des moyens de salut »[4].



[1] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, n 20.

[2] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, n 21.

[3] Ibid.

[4] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, n 22.

Par Batin - Publié dans : Théologie - Communauté : Libre parole-Libre Information
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Mercredi 12 novembre 2008

Cinquième Partie : L’EGLISE, ROYAUME DE DIEU ET ROYAUME DU CHRIST

 

La mission de l'Eglise est d'annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de l'instaurer dans toutes les nations, formant de ce Royaume le germe et le commencement sur la terre. D'un côté, l'Eglise est le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain... De l'autre côté, l'Eglise est le peuple qui tire son unité de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint Diverses explications théologiques peuvent exister sur ces problèmes. Cependant, aucune de ces explications possibles ne doit refuser ou réduire à néant le lien étroit entre le Christ, le Royaume et l'Eglise.

Le Royaume de Dieu ne s'identifie cependant pas avec l'Eglise dans sa réalité visible et sociale. Car on ne doit pas oublier l'action du Christ et de l'Esprit Saint hors des limites visibles de l'Eglise. En considérant les rapports entre le Royaume de Dieu, le Royaume du Christ et l'Eglise, il est de toute manière nécessaire d'éviter des formulations unilatérales comme celles qui, pour parler du Royaume, gardent le silence sur le Christ, privilégient le Mystère de la Création mais se taisent sur le mystère de la Rédemption parce que dit-on le Christ ne peut être compris par ceux qui n'ont pas la foi chrétienne, alors que les peuples, les cultures et les diverses religions peuvent se rencontrer autour de l'unique réalité divine.

Par Batin - Publié dans : Théologie - Communauté : La belle Afrique
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Lundi 10 novembre 2008

Quatrième Partie : UNITE ET UNICITE DE L’EGLISE

 

La quatrième partie de la déclaration, sans doute la plus importante, est aussi celle qui a été la plus critiquée. Il concerne l'unicité et l'unité de l'Eglise fondée par le Christ, qu'il a promis de ne jamais abandonner et de guider par son Esprit. Seule donc l'Eglise catholique assure la continuité historique de l'Eglise fondée par le Christ. La déclaration cite alors le célèbre passage de Lumen Gentium: « Cette Eglise (du Christ) comme société constituée et organisée en ce monde, c'est dans l'Eglise catholique qu'elle se trouve [subsistit in], gouvernée par le successeur de Pierre et les Evêques qui sont en communion avec lui »[1]. La déclaration Dominus Jesus a le mérite d'éclaircir sans ambages cette expression : «Par l'expression subsistit in, le concile Vatican II a voulu proclamer deux affirmations doctrinales : d'une part, que malgré les divisions entre chrétiens, l'Eglise du Christ continue à exister en plénitude dans la seule Eglise catholique; d'autre part, “que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures”, c'est-à-dire dans les Eglises et Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l'Eglise catholique. Mais il faut affirmer de ces dernières que leur “force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Eglise catholique”»[2].

Depuis son origine, l’Eglise n’a cessé d’exister au cours de l’histoire et existera toujours. C’est en elle seule que demeurent à jamais tous les éléments institués par le Christ lui-même. «Telle est l’unique Eglise du Christ, que dans le Symbole nous reconnaissons comme une, sainte, catholique et apostolique»[3]. Le Concile Vatican II avait choisi le mot subsistit in précisément pour mettre en lumière qu’il existe une seule « subsistance » de la véritable Eglise, alors qu’en dehors de son ensemble visible, existent seulement des éléments de la même Eglise qui tendent et conduisent vers l’Eglise catholique[4]. Il faut noter l’insistance sur l’affirmation selon laquelle l’Eglise du Christ subsiste dans l’Eglise catholique reflète la préoccupation de sauvegarder l’unité et l’unicité de l’Eglise. Cette unité et cette unicité seraient affaiblies si on admettait par l’existence de plusieurs subsistances de l’Eglise fondée par le Christ. En effet, comme l’affirme la déclaration Mysterium Ecclesiae, s’il en était ainsi, on en viendrait à imaginer «l’Eglise du Christ comme étant simplement la somme d’Eglises et de communautés ecclésiales » ou à «penser que l’Eglise du Christ n’existe nulle part aujourd’hui et que, pour cette raison, elle doit être considérée comme seulement un objet de recherche pour toutes les Eglises et communautés»[5]. L’unique Eglise du Christ n’existerait plus comme une dans l’histoire, ou bien elle existerait de manière idéale.

Il faut souligner au passage qu’une première version du n°8 de la Constitution dogmatique sur l’Eglise, Lumen Gentium, disait que l’Eglise catholique « est » l’Eglise fondée par Jésus-Christ, ce qui pourrait signifier qu’en dehors d’elle il n’y avait rien. A la suite des débats où il fut rappelé que l’Eglise catholique reconnaît le baptême des autres chrétiens et que l’on peut percevoir l’action de l’Esprit Saint en eux et dans les communautés auxquelles ils appartiennent, il fut décidé de remplacer le verbe être par le verbe subsister.

Depuis lors, ce passage de Lumen Gentium a suscité beaucoup de débats, parce que tous ne lui accordent pas la même portée. Les discussions intenses à ce sujet, jusqu’à nos jours, ont amené la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à produire un document intitulé Réponses à des questions concernant certains aspects de la doctrine de l’Eglise, pour « préciser la signification authentique de certaines expressions ecclésiologiques du Concile Vatican II et du Magistère qui risquent de provoquer confusions ou malentendus dans le débat théologique »[6].



[1] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, n 16 ; CONCILE VATICAN II, Lumen Gentium, n 8.

[2] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, n 16.

[3] CONCILE VATICAN II, Lumen Gentium, n 8.

[4] Cf CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Notification à propos du livre du Père Leonardo BOFF : Eglise : charisme et pouvoir, AAS 77 (1985), pp. 756-762 ; cf AAVV, L’Eglise. Constitution dogmatique Lumen Gentium, coll. Vivre le Concile, Mame, 1996, p. 55. 

[5] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Mysterium Ecclesiae, n 1, DC 70 (1973), p. 665.

[6] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Réponses à des questions concernant certains aspects de la doctrine de l’Eglise, 29 juin 2007. 

Par Batin - Publié dans : Théologie - Communauté : Catholique penseur
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Dimanche 9 novembre 2008

Troisième Partie : UNICITE ET UNIVERSALITE DU MYSTERE SALVIFIQUE DE JESUS-CHRIST

 

En complément de la partie précédente, la troisième partie insiste sur l'unicité et l'universalité du mystère salvifique du Christ. A cet égard, un certain nombre de questions restent ouvertes par la théologie, encore convient-il de bien les encadrer sous la direction du Magistère. Compte tenu de cette donnée de foi, la théologie d'aujourd'hui, lorsqu'elle médite sur la présence d'autres expériences religieuses et sur leur signification dans le plan salvifique de Dieu, est invitée à examiner les aspects et les éléments positifs de ces religions : entrent-ils dans le plan divin de salut? Comment ? La recherche théologique trouve dans cette réflexion un vaste champ de travail sous la direction du Magistère de l'Eglise. Le concile Vatican II a d'ailleurs affirmé que “l'unique médiation du Rédempteur n'exclut pas, mais suscite au contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l'unique source”[1]. Il faut élucider le contenu de cette médiation participée, qui doit rester guidée par le principe de l'unique médiation du Christ[2] : “Le concours de médiations de types et d'ordres divers n'est pas exclu, mais celles-ci tirent leur sens et leur valeur uniquement de celle du Christ, et elles ne peuvent être considérées comme parallèles ou complémentaires[3]. Les solutions qui envisageraient une action salvifique de Dieu hors de l'unique médiation du Christ seraient contraires à la foi chrétienne et catholique[4].



[1] CONCILE VATICAN II, Lumen Gentium, n 62.

[2] Cf CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Notification au Père Jon SOBRINO, DC 2007, n 2380, pp. 465-472.

[3] JEAN-PAUL II, Redemptoris missio, n 5.

[4] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, n 14.

Par Batin - Publié dans : Théologie - Communauté : Catholique penseur
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Jeudi 6 novembre 2008

Deuxième Partie : LE LOGOS INCARNE ET LE SAINT ESPRIT DANS L’ŒUVRE DU SALUT

 

La seconde partie de la déclaration s'intéresse aux conceptions erronées sur le Christ, présenté comme une figure historique particulière du divin, mais de façon non exclusive : il existerait ainsi d'autres présences complémentaires, également sujettes de révélations et voies de salut (Mahomet pour les musulmans, par exemple, Bouddha, etc.). «L'Infini, l'Absolu, le Mystère ultime de Dieu se manifesterait ainsi à l'humanité sous maintes formes et par maintes figures historiques : Jésus de Nazareth serait l'une d'entre elles. Plus concrètement, il serait pour certains l'un des multiples visages que le Logos aurait pris au cours du temps pour communiquer salvifiquement avec l'humanité. […] Ces thèses contrastent vivement avec la foi chrétienne»[1]. En s'appuyant sur le Nouveau Testament et l'enseignement de l'Eglise, la déclaration montre que le Christ est l'unique médiateur et rédempteur universel.

Cela n'empêche pas que «l'action salvifique de Jésus-Christ, avec et par son Esprit, s'étend à toute l'humanité, au delà des frontières visibles de l'Eglise. […] “Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal”»[2].



[1] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, nn 9-10.

[2] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, n 12 ; cf GS 22.

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Lundi 3 novembre 2008

Première Partie : LA REVELATION DE JESUS-CHRIST COMPLETE ET DEFINITIVE

 

La première partie dénonce les erreurs sur la révélation de Jésus-Christ. «Pour remédier à cette mentalité relativiste toujours plus répandue, il faut réaffirmer avant tout que la révélation de Jésus-Christ est définitive et complète»[1]. «Est donc contraire à la foi de l'Eglise la thèse qui soutient le caractère limité, incomplet et imparfait de la révélation de Jésus-Christ, qui compléterait la révélation présente dans les autres religions. La cause fondamentale de cette assertion est la persuasion que la vérité sur Dieu ne pourrait être ni saisie ni manifestée dans sa totalité et dans sa complétude par aucune religion historique, par le christianisme non plus par conséquent, et ni même par Jésus-Christ»[2].

Ce relativisme s'enracine dans une conception erronée de la Révélation et de la foi. La foi n'est pas une simple croyance qui s'appuie sur l'intelligence et la volonté humaines, elle « est un don de grâce », vertu surnaturelle infuse par Dieu, qui comporte une double adhésion : adhésion «à Dieu qui révèle et à la vérité qu'il révèle, à cause de la confiance accordée à la personne qui affirme»[3]. C'est pourquoi, il convient d'éviter « l'identification entre la foi théologale, qui est l'accueil de la vérité révélée par le Dieu Un et Trine, et la croyance dans les autres religions, qui est une expérience religieuse encore à la recherche de la vérité absolue, et encore privée de l'assentiment à Dieu qui se révèle. C'est là l'un des motifs qui tendent à réduire, voire même à annuler, les différences entre le christianisme et les autres religions »[4]. Enfin, afin d'éviter toute ambiguïté, le texte rappelle que seuls les livres canoniques de l'Ancien et du Nouveau Testament sont inspirés par le Saint-Esprit. Les livres sacrés des autres religions comme le Coran ne peuvent être qualifiés d'« inspirés », même s'ils reçoivent par ailleurs « du mystère du Christ les éléments de bonté et de grâce qu'ils contiennent »[5].



[1] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, n 5 ; cf CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Notification sur le livre de Jacques DUPUIS : Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux, 24 janvier 2001.

[2] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, n 6.

[3] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, n 7.

[4] Ibid.

[5] CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Dominus Jesus, n 8.

Par Batin - Publié dans : Théologie - Communauté : Catholique penseur
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Jeudi 30 octobre 2008

III- Analyses critiques de cette théologie de la libération

 

1-Quelques reproches à l'endroit de cette théologie

 

            La théologie de la libération a suscité au sein de l’Eglise Catholique des critiques de tous ordres et des condamnations du Vatican en 1984. La Congrégation pour la doctrine de la foi condamnait les emprunts faits à la philosophie marxiste et tentait de recadrer les aspirations des peuples sud-américains dans la doctrine sociale de l’Eglise. En effet, le Cardinal Ratzinger s’est adressé à l’épiscopat de Pérou au compte de cette Congrégation pour fustiger l’archevêque Gustavo Gutiérrez dont la théologie est une version à peine corrigée de l’idéologie marxiste[1]. Ce dernier avait pour objectif de « faire du christianisme un facteur de mobilisation au service de la révolution ».[2] C’est bien le reproche principal fait à la théologie de la libération qui tendait à réduire la libération chrétienne aux seules dimensions politico sociales. Or « la libération est d’abord et principalement libération de la servitude radicale du péché. Son but et son terme sont la liberté des enfants de Dieu, don de la grâce. Elle appelle, par une suite logique, la libération de multiples servitudes d’ordre culturel, économique, social et politique, qui dérivent toutes, en définitive du péché, et qui constituent autant d’obstacles empêchant les hommes de vivre conformément à leur dignité »[3].

            Ce que l’on reproche au fond les théologiens de la libération est d’avoir fait passer au second plan la libération du péché. C’est ainsi que le Jésus de l’histoire, le Jésus libérateur devient aussi un Jésus politique. Car certains théologiens ont tendance à méconnaître la personne de Jésus Christ, vrai Dieu et vrai Homme. Dans ce sens lors d’un voyage à Mexico en janvier 1979, le pape Jean Paul II déclare que « cette conception du Christ comme une figure politique, un révolutionnaire (…) est incompatible avec les enseignements de l’Eglise ». C’est le reproche fait notamment aux écrits du jésuite Jon Sobrino, un proche de l’archevêque Oscar Roméo, faisant remarquer que le théologien accorde une place trop importante à l’aspect humain de Jésus au détriment de son aspect divin. Par ailleurs, dans le document « Interprétation de la Bible dans l’Eglise de la Commission Biblique Pontificale 1993 », qui a été présenté au pape Jean Paul II par le Cardinal Ratzinger, la théologie de la libération a été reconnue comme une théologie pertinente regorgeant des éléments assez importants.

  

 

1-    Les éléments pertinents de la théologie de la libération

 Notre observation s’oriente maintenant vers les apports de la théologie de la libération à l’Eglise universelle. L’instruction de 1984 qui condamnait violemment la théologie de la libération a été suivie par une autre instruction sur la Liberté chrétienne et Libération datée du 22 mars 1986, qui a mis en évidence de manière positive, les principaux aspects théoriques et pratiques de la théologie de la libération. Ainsi, l’Eglise a accueilli les termes libération et liberté par lesquels, elle peut dire sa foi la plus authentique. Elle y gagne l’avantage de s’appuyer sur une expérience concrète.

Par exemple, l’expérience des CCB ou CEB[4] dans les tâches de libération peut devenir une richesse pour l’Eglise entière. Cet exemple trouve son actualisation dans la vie de notre Eglise Famille du Burkina dans le processus de l’auto-prise en charge engagé par les CCB dans nos différents diocèses. Ce processus est à encourager car conclut le Père Fabien Eboussi- Boulaga « tant que les Eglises africaines accepteront passivement les subsides de l’Occident, elles ne pourront jamais être libres »[5].

      Nous pouvons noter comme point positif « l’option préférentielle pour les pauvres ». L’instruction de 1986, préfère les termes « l’amour de préférence pour les pauvres » car, « l’option préférentielle » peut être un choix partisan et pouvant faire surgir des conflits. Dans cette ligne, nous reconnaissons tout de même que cette option pour les pauvres est bonne dans la mesure où Jésus lui-même était proche des pauvres. En aimant les pauvres, l’Eglise témoigne de la dignité de l’homme. Elle affirme clairement que l’homme vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a. Le pape Jean Paul II a également admis que la théologie de la libération pouvait être «  bonne, utile et même nécessaire ».

 

  

                                                           Conclusion

             Au parcours de notre exposé on pourrait dire que les théologiens de la libération ont fait " descendre la théologie dans la rue ". Cela est bien vrai car ce mouvement a rejoint la vie sociale et quotidienne d'un chacun en s'appuyant sur les textes bibliques. Les questions posées par les théologiens sont fondamentalement : Comment l'Eglise peut-elle être signe de libération intégrale au sein d'une société donnée ? Comment parler d'un Dieu qui se révèle à nous dans une réalité marquée par la pauvreté et l'oppression ? Les questions ainsi posées avec force accrue ont fait l’objet de réflexion des théologiens de la libération.

            Il est évident que ce mouvement a suscité de nombreuses réactions consternées dans le monde catholique. Les analyses critiques faites dans le développement demeurent valables jusqu'à nos jours. Dans cette lutte, l’Afrique s’est aussi engagée en essayant de poser un sérieux diagnostique et sans complaisance sur ses relations avec les Eglises d'Europe. Dans ce sens notre Eglise-Famille du Burkina et du Niger a encore beaucoup de chemin à parcourir pour se libérer de la tutelle de l’Occident en engageant sans réserve nos communautés chrétiennes de Base.

 

 

 

 Bibliographie

 

            Documents du Magistère

 

*      Documentation Catholique, n° 1881, « Instructions sur quelques aspects de la théologie de la libération », ( Libertatis nuntius), 1984, pp. 890-900.

*      Documentation Catholique, n° 1916, « Instruction Liberté chrétienne et libération » (Libertatis conscientia),  1986, pp. 393-410.

 

      Dictionnaire

 

*      Dictionnaire de Théologie, Cerf, Paris, 1988, art. «  Théologie de la libération ».

 

      Revues 

 

*      -AWAZI-MBAMBI-KUNGUA B, « Les métamorphoses de la théologie de la libération négro-africaine de la libération », Nouvelle Revue Théologique, Tome 124/n°2, 2002, pp. 238-250.

*      Melano Couch, « Libération, une vision biblique », Concilium, n° 270, 1997, pp. 20-21.

 

      Cours : Théologie Fondamentale professeur : Abbé Michel BELEMGOUABGA                             année académique 2004-2005.

 

      Ouvrages 

 

*      BOOF, L. et C. « Qu’est-ce que la théologie de la libération ? Collection Foi Vivante, Cerf, Paris, 1987, pp. 11-151.

*      GUITIERREZ, G., La libération par la foi. Boire à son propre puits ou l’itinéraire spirituel d’un peuple, Cerf, Paris, 1988.

*      GUITIERREZ, G., Théologie de la libération. Perspectives, éditions Lumen Vitae, Paris, 1974, pp. 17-341.



[1] Documentation Catholique, n° 1881, 1984,  p. 886.

[2] Marler, R. Introduction à la théologie de la libération,  Desclée de Brouwer, Paris, 1987, p. 142.

[3] Documentation Catholique, n° 1881, 1984, p. 886.

[4] Communauté Ecclésiale de Base

[5] EBOUSSI-BOULAGA, F., « L’exigence d’une catholicité africaine », Nouvelle Revue Théologique, n° 124, 2002, p. 243.

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Mardi 28 octobre 2008

LA THEOLOGIE DE LA LIBERATION
Une présentation 

 


 PLAN
 

 

Introduction

 

                 I – Etude socio-historique de la théologie de la libération

  

1- Contexte général de la théologie de la libération

           2-  Evolution de la théologie de la libération

                3- Définition et différents types des théologies de la libération

 

II – Fondements bibliques et revendications

 

       1- Fondements bibliques de la théologie de la libération

   2- Les revendications de la théologie de la libération

 

                     III- Analyses critiques de cette théologie

 

      1- Quelques reproches à l'endroit de cette théologie

                         2- Les éléments pertinents de la théologie de la libération

 

Conclusion

 

                                                   Bibliographie

 

 




Introduction

 

            Le discours théologique du XX siècle, tenu à la " gloire de Dieu" s'est développé de plus en plus comme un discours à la défense du genre humain. Ce discours conférait ainsi une place importante à l'homme dans le processus de sa libération. C'est dans ce sens que Christian DUQUOC[1], à l'époque clamait tout haut " la réflexion théologique s'enracine dans l'expérience de la misère des masses due à l'exploitation et dans la lutte de ces masses pour s'affranchir de leur situation intolérable"[2]. La théologie de la libération comme mouvement historique s'inscrit dans cette ligne de pensée.

            Dans le souci de vous permettre de mieux découvrir cette théologie, nous allons d'abord vous la présenter en la situant dans son contexte général sans omettre de la définir. Cela nous permettra ensuite de relever les tendances et les revendications de cette théologie. Nous terminerons notre exposé par des analyses.

 

I – Etude socio-historique de la théologie de la libération

1- Contexte général de la théologie de la libération

 

            La théologie de la libération est née d'une conjoncture très précise. L'histoire nous enseigne que dans les années 5o, le continent latino-américain vit des rapports conflictuels avec les pays riches d'Europe et d'Amérique du Nord. Le point de départ de la théologie de la libération est belle et bien la prise de conscience d'une situation de dépendance économique, sociale, politique et culturelle, ressentie comme injuste et aliénante par les pauvres de l'Amérique Latine. Cette situation s’est faite ressentir dans le Tiers Monde et partout ailleurs.

            Dans les années soixante, le phénomène de décolonisation amorcé dans les pays du Tiers Monde vient aussi réveiller les consciences et y susciter le désir de liberté, de libération en tout. Dans ces conditions, de nombreux mouvements politiques, religieux en Amérique Latine, en Asie, en Afrique ou en Europe se sont érigés en porte-parole authentiques pour lutter en faveur des pauvres déshérités. Cependant, l'élément important qui constituera une bouffée d'oxygène accélérant la lutte et la promotion des droits de l'homme, réside dans les affirmations du Concile Vatican II.

            En effet, avec ce concile qui s'est explicitement occupé des problèmes dans le monde de ce temps, il s'est produit quelque chose comme un séisme dans l'Eglise et dans les réflexions théologiques. Les Eglises latino-américaines ont vu désormais dans ce concile selon les expressions de Mélano Couch : " le pouvoir de Dieu de transformer en faveur de ceux qui ne peuvent rien des situations concrètes d'oppressions "[3]. Au fait, les théologiens ont voulu prendre au sérieux l'appel de Vatican II à être lumière et sel pour transformer le monde (Cf. L.G n°1). C'est bien dans ce sens que Leonardo BOFF[4] affirmait : " la théologie de la libération trouve sa source dans la foi confrontée à l'injustice infligée aux pauvres "[5]. Si cette assertion est soutenable, il serait intéressant de savoir comment au fond cette théologie de la libération s'est développée au fil du temps.

 

2- Evolution et étapes de la théologie de la libération

 

La théologie de la libération a pris comme son point de départ la situation concrète de l'homme de l'Amérique Latine. Pour atteindre son but, elle s'est développée à plusieurs étapes depuis sa fermentation jusqu'à sa systématisation. Voici comment est évoluée cette théologie.

            La première étape est la phase de préparation (1962 – 1968) qui correspond à la période de la lecture et de la réception des clauses du concile Vatican II par l'Eglise en Amérique Latine. Ce moment clef de la préparation débouche sur une autre étape, celle de la formulation. Cette deuxième étape qui va de la conférence de Medellin en 1968 à la conférence de Puebla en 1969 de l'épiscopat latino-américain, fait voir une prise de contact de théologiens latino-américains de la libération. La troisième phase débutée en 1976 est une réflexion sur la méthode et la démarche des théologiens.

En définitive, la théologie de la libération n'apparaît qu'après la conférence de Medellin comme une réalité consciente et publique. Mais en fait ses origines remontent à la rencontre de prêtres catholiques dont Gustavo Gutiérrez, Ruben Alves, Hugo Assmann, Juan Luis Segundo, José Miguez Bonino, Léonardo BOFF, Jon Sobrino et d'autres théologiens protestants des années 1960 et 1970. Ces deux groupes travaillent ensemble pour protester contre les mesures arbitraires et contre les spoliations en Amérique Latine. Leurs préoccupations premières portaient sur les conséquences d'une pauvreté structurelle et destructrice croissante. Cette approche soulève des questions telles que : quelles sont les causes de cette situation ? Comment comprendre ces structures, ces conditions et ces problèmes et comment les interpréter théologiquement ? Que peut-on entreprendre au nom de la foi chrétienne à l'encontre de cette situation ? Toutes ces questions ont contribué à la définition de la théologie de la libération.

 

3 – Définition et différents types des  théologies de la libération

 

             La théologie de la libération est le nom donné à un mouvement social et religieux issu de l'Eglise Catholique apparu en Amérique Latine. Théorisé à partir de 1971,  par ses représentants les plus célèbres, les archevêques Helder Camara et Oscar Romero, ce courant théologique parfois teinté de marxisme apparaît comme une exigence de l'engagement religieux dans la lutte contre la pauvreté. Cependant, la théologie de la libération n'est pas une réflexion sur la pauvreté, une réflexion en faveur des pauvres ou à la place des pauvres mais une réflexion avec eux. Elle est une expérience globale de toute l'Eglise des pauvres et non seulement de quelques théologiens. Car elle a pour centre d'intérêt " l'option préférentielle pour les pauvres ".

            La théologie de la libération pour être explicite se fixe des objectifs. Son plan d'action se résume comme suite : Voir – Juger – agir. Ce mouvement théologique se réserve les actions concrètes suivantes : D'abord, la libération se comprend comme une libération politico-sociale des classes et des peuples opprimés. Ensuite, il y a la libération historique des hommes sous le joug de la colonisation. Enfin, la libération se comprend comme la rédemption en Jésus Christ, la libération du péché qui est la cause profonde de toutes les injustices et oppressions sociales. La théologie de la libération a donc pour but la rédemption de l'être de toutes les sortes de servitude et de misère. C'est dans ce sens que l'on peut parler de théologie au pluriel, pour désigner différentes approches théologiques qui prennent à leur compte diverses formes d'oppression (fondées par exemple sur la race, le sexe, la culture).

Ainsi, nous avons, la théologie féministe, la théologie noire, la théologie africaine qui sont  les plus connues. La théologie de la libération qui fait l’objet de notre découverte recouvre alors des tendances et des revendications s'appuyant fortement sur les textes bibliques pour justifier son action.

 

II – Fondements bibliques et revendications

 

1-    Fondements bibliques de la théologie de la libération

 

            Les théologiens de la libération évoquent pour justifier leur engagement, la lutte des prophètes bibliques contre l'injustice, l’oppression des pauvres, la lutte contre l’occupation macédonienne avec les Maccabées, le retour de l’exil à Babylone avec Esdras et Néhémie. Plusieurs motifs bibliques sont alors au cœur de la théologie de la libération : la sollicitude particulière de Dieu envers les pauvres, telle qu'elle ressort des livres des prophètes  ( Cf. Am 8, 4-8; Is 5, 8-10, 10, 1-3). En plus, les théologiens soulignent que le processus de libération de l'Exode est parti de ce que Dieu écoute le cri des opprimés. Dieu se met du côté des pauvres, (Cf. Ex 1, 9-12). Dans le Nouveau Testament, les théologiens de la libération ne manquent pas de références bibliques pour justifier leur lutte : Lc 4, 16; 7, 22; 16, 13; Mc 4, 19; Jc 1, 9-10. Le texte culminant se trouve concentrer dans les Béatitudes des pauvres qui montrent une préférence dans l'ordre du salut en faveur des opprimés.

            Selon la théologie de la libération, la mission de Jésus s’est exprimée dans les termes du prophète Isaïe : « l’Esprit du Seigneur est sur moi (…). Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. » ( Lc 4, 18-19). Le Messie est celui qui opère la libération des malheureux, qui se concrétise dans les miracles de Jésus, il s’est identifié aux pauvres et veut être reconnu à travers eux (Cf. Mt 25, 35-46).

Pour la théologie de la libération, la Bible tout entière exalte l’option de Dieu pour les pauvres : la loi, c’est le droit des pauvres, les prophètes c’est la voix des pauvres, les autres écrits, c’est la joie des pauvres, l’Evangile, c’est la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres. Toute cette présentation du visage de Dieu a motivé les luttes et les revendications en faveur des pauvres.

 

 2- Les revendications de la théologie de la libération

            Sur le plan de l'engagement et de l'action, la théologie de la libération ne fonctionne pas de la même façon qu'un parti politique ou un mouvement social. Son action ne laisse rien supposer d'arbitraire ou de  fortuit et, loin d'être purement théorique, elle implique un projet social qui vise à transformer la société en triomphant des conditions de pauvreté, d'oppression et de violence. Pour les chrétiens, l'inspiration d'un tel projet et la réflexion théologique qui s'ensuit puisent leur source dans la communauté chrétienne qui considère " l'option préférentielle " pour les pauvres comme idée-force et ligne directrice dans toutes les revendications.

 

            Selon J. Sobrino, " cela signifie que les pauvres sont le véritable lieu théologique de la compréhension de la vérité et de la praxis chrétienne, et donc aussi de la constitution de l'Eglise "[6]. Les revendications prendront alors des couleurs spécifiques selon les contextes particuliers des différents continents. En Amérique Latine, en Asie et en Afrique, on est à la recherche d’une théologie adaptée aux différents contextes. Ainsi, nous avons :

            En Amérique Latine : Comme déjà dit récemment, le contexte qui vit naître la théologie de la libération latino-américain est marqué par des injustices sociales et politiques. Cela mettait en déphasage l’Evangile et la situation générale des populations évangélisées de ce sous-continent. La théologie de la libération latino-américaine se propose avant tout de libérer les pauvres de leur pauvreté et de dénoncer dans le capitalisme la cause de l’aliénation à la pauvreté de millions d’individus. Cette théologie se veut alors porteuse d’une espérance pour ces personnes bafouées dans leur dignité et dans leurs droits. En somme, la théologie de la libération en vogue en Amérique Latine insistait sur la libération intégrale de tout l’homme. C’est dans cette ligne de la libération de l’homme qu’abonde la théologie africaine de la libération.

            En Afrique : Les grands axes de la théologie négro-africaine ont été ébauchés par les théologiens suivant : Engelbert Mveng[7], Fabien Eboussi-Boulaga[8], Meinrad Hegba[9], Jean-Marc Ela[10]. Tout en mettant l’accent sur la lutte contre l’exploitation des nègres dans les sociétés post-coloniales, ces théologiens ont réfléchi sur la nécessaire inculturation de la foi et de l’Eglise sur le continent. C’est pourquoi les revendications demeurent surtout centrées sur le rôle des Eglises et des théologiens dans la reconstruction globale de l’Afrique. C’est pour cela que Mveng préconise une redécouverte de la véritable identité africaine par une libération culturelle et mentale qui s’avère nécessaire pour un réel vécu de la foi chrétienne[11].

            En Asie : Une réflexion originale sur la libération se caractérise par un dialogue fécond avec les grandes religions orientales. Car le christianisme avait intérêt à renouer avec ces religions déjà à pleine floraison dans ce continent asiatique. Cette réflexion s’est inspirée de la théologie latino-américaine de la libération. En outre, soulignons les revendications des théologies noires et noires sud-africaines aux Etats-Unis qui, au cœur des luttes de libération réclamaient également la dignité des noirs face au phénomène du racisme. Voici succinctement présentées, les revendications que tenaient mordicus les théologiens de la libération. L’Eglise pouvait-elle avaliser  de telles revendications ?



[1] Christian DUQUOC,  théologien français est né à Nantes en 1926. Il fut prêtre dominicain. Il a enseigne les cours de Dogmatique aux facultés théologiques de Lyon. Il est ancien directeur de la Revue Lumière et Vie. Ses ouvrages théologiques portent sur la vie terrestre Jésus.

[2] DUQUOC, Christian, Libération et progressisme,  P. 118.

[3] Mélano, Couch " Libération, une vision biblique in Concilium  n° 270, 1997, p. 35.

[4] Léonardo, BOFF, né en 1938 à Concordia, franciscain, ordonné prêtre, a enseigné la théologie au Brésil où il est apparu comme l’un des principaux théologiens de la libération. Interdit de prédication, il quitte le sacerdoce et les franciscains pour s’engager à Petropolis dans le service populaire d’aide aux mères et aux enfants des rues.

[5] BOOF, L., Qu-est-ce que la théologie de la libération ? , Coll. " Foi vivante ", Cerf, Paris, 1987, p. 15

[6] SOBRINO J., Ressurecion de la verdadera Iglesia, p. 108- 109 cité par GIBELLINI R, Panorama de la théologie Op. Cit., p. 428-429.

[7] ENGELBERT, M., est un jésuite camerounais qui milité toute sa vie pour la dignité de l’homme africain. Il a été directeur général et membre fondateur de l’association Œcuménique des Théologiens africains ( AOTA).

[8] Il est jésuite camerounais. Sa pensée est résolument critique, parce qu’elle émerge des profondeurs de la crise coloniale.

[9] Jésuite camerounais également. Sa contribution majeure dans le sillage de la théologie de la libération reflète sur les conditions de possibilité d’un discours théologique autonome et authentiquement africain.

[10] Le théologien qui fait de la pauvreté socio-économique des couches pauvres des sociétés africaines son lieu théologique principal.

[11] MVENG, « Une théologie africaine de la libération », Nouvelle Revue Théologique, n° 124, 2002,  p. 239.




Par Batin - Publié dans : Théologie - Communauté : Catholique penseur
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