La Vérité vous rendra libres!

Prière pour mes internautes

Pour vous mes chers amis :


Dieu notre bon Père, je te demande de bénir mes ami(e)s, parents, frères et soeurs, mes collaborateurs et tous ceux et celles qui lisent ceci maintenant.
Montre-leur une nouvelle révélation de ton Amour et de ton Pouvoir. Ainsi
soit-il !

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Mardi 1 juillet 2008

B- Les œuvres : 5,1— 12,36

 

Pour la structuration de cette section, nous nous laissons guider par les fêtes qui jalonnent la narration (5,  1 ;  6,  4 ;  7,  2 ;  10,  22 ; 11,55) et qui sont pour Jésus autant de lieux d’instauration du culte nouveau à travers un renouvellement-accomplissement de la signification de ces fêtes juives. La division envisagée est renforcée par le retour d’une expression-clé: « Après cela » /  « En ce temps-là » (5, 1 ; 6, 1 ; 7, 1 ; 10,22).

Ces points de repère vont nous permettre de discerner le plan suivant qui divise la section des œuvres en deux sous-sections :

 

I- Restauration du culte sur la base de la foi : les Fêtes (5 —10)

 

I.1 La fête de la Pâque : Jésus renouvelle en la spiritualisant la merveille de l’Exode (5-6)

 

Tous les grands thèmes de la Pâque et de l’exode se retrouvent dans les récits contenus dans ces deux chapitres.

 

I.1.1 La Pâque du paralytique (5,1-47)

-Le miracle : Guérison  du paralytique à la piscine de Béthzatha  (vv.1-15)

L’attention du lecteur est d’abord attirée par la misère de la multitude des malades, ce qui n’est pas sans rappeler la dure servitude des Hébreux en Egypte. Jésus voit cette misère et il connaît la situation du paralytique, exactement comme Dieu avait vu et connu la détresse du peuple esclave de Pharaon. Il n’y a pas jusqu’à l’évocation de l’ange qui descend pour agiter l’eau et procurer la guérison qui ne rappelle les circonstances de la première Pâque, le passage de l’ange, exterminateur pour les Egyptiens, mais sauveur pour les Hébreux. Ici cet ange, c’est Jésus lui-même, qui apporte le salut à l’homme sans espoir.

Le miracle survient au cours d’une fête dont Jean ne nous donne pas le nom, mais il y a tout lieu de penser qu’il s’agit de la Pâque. En tout cas, la guérison, opérée un jour de sabbat, va donner lieu à une discussion rabbinique entre les Juifs et Jésus.

 

-Discours sur l’œuvre du Fils (vv. 16-47)

Les juifs reprochent à Jésus de profaner le sabbat. Jésus réplique qu’en cela il fait comme son Père,  qui œuvre le jour du sabbat tout comme les autres jours, puisqu’il continue ce jour-là de gouverner le monde. Jésus, en faisant le miracle le jour du sabbat et en comparant cette violation du sabbat à l’activité de son Père, ne pouvait manquer d’évoquer dans l’esprit des théologiens juifs l’identité de sa propre activité et de celle de Dieu. 

Ainsi le discours se trouve situé très formellement sur le plan de l’identité d’action du Père et du Fils, qui prouve leur identité de « nature ».

-Conclusion, vv. 39-47 : Jésus est le centre des Ecritures de l’Ancien Testament et le but vers lequel elles convergent. Si les juifs savaient les lire, ils seraient amenés à croire en Jésus en reconnaissant en lui « le prophète comme Moïse » promis dans le deutéronome, le nouveau Moïse. Mais, parce qu’ils ne croient pas, ils se verront condamnés par ce Moïse même en qui ils mettent leur espérance.

 

I.1.2 La Pâque du Pain de vie (6,1-71)

Jn 6 est lui aussi rempli de thèmes évocateurs de la première Pâque et de l’Exode : le thème du pain donné (la manne), le thème du breuvage (l’eau jaillie du rocher), le thème du désert, celui de la traversée de la mer « à pieds secs » au milieu de la nuit et dans une ambiance de peur des disciples, les récriminations contre Jésus et même l’abandon de certains disciples (incrédulité, infidélité et trahison caractéristiques de la génération du désert), la figure de Moïse « libérateur et nourricier »…

Le discours de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm (vv. 22-66) vise à donner aux auditeurs la juste interprétation du signe : l’instauration d’une Pâque nouvelle et d’un Exode nouveau dont il est lui, le principal protagoniste en tant qu’Agneau pascal véritable, Nouveau Moïse, Rocher Nouveau, Véritable Manne… C’est pourquoi il était important de signaler, comme l’a fait Jean, que la scène se passe lors de la Pâque (v.4) : c’est bien « lors de la Pâque, la fête des Juifs », que Jésus instituera l’Eucharistie, Repas de la Pâque nouvelle et éternelle, encore que Jean ne le dise pas ; mais nous le savons par les Synoptiques. Dans son discours, Jésus montre qu’il est Pain et qu’il nourrit, non seulement par son corps et son sang mais encore par sa parole. Nourriture de l’esprit, Il est donc aussi objet de foi (6, 64).

A partir du double miracle qui se prolonge par le discours, on ne peut manquer de relever le parallèle frappant entre Jn 6 et Mt 14, 13-29. 16, 15-29

Jn. 6                                                          

 

Mt. 14                    

5-14      

multiplication des pains

13-21

 

(ce sont les mêmes chiffres)

 

15-21

Jésus marche  sur  les  eaux

22-32

67-69

confession  de  Pierre                     

16, 15-29

 

 

(à Césarée)                                             

 

-Le  miracle de la multiplication des pains (vv. 1-15), repris ici par Jean au bénéfice de sa propre catéchèse, vise à montrer l’aveuglement des Juifs. Ceux-ci n’y voient qu’un miracle messianique, tout au plus, et ils l’interprètent en fonction du messianisme temporel, qui est le leur (vv. 14-15), alors que dans le contexte de la catéchèse johannique, c’est une « œuvre », qui devrait les conduire à l’idée de l’union de Jésus avec le Père.

- Le miracle de la marche  sur  les  eaux (vv. 16-21) quant à lui, prépare en quelque sorte la confession de foi de Pierre faite au nom de ses compagnons (vv. 66-71) . Du moins, le « ego eimi » de Jn 6, 20 consonne avec le « tu es le Saint de Dieu » de 6, 69.        

 

I.2 La fête des Tentes : Jésus se révèle comme la Vie et la Lumière des hommes (7,1— 10,21) 

 

« Or, la fête juive des tentes était proche » (7,2)

Quelle est cette fête que Jean signale comme cadre de l’auto-révélation de Jésus en tant que Vie et Lumière des hommes ?

 La fête des tentes ou plutôt des huttes de branchage, des cabanes, était au temps de Jésus « la fête », « la fête de YHWH ». Un proverbe juif affirmait que « celui qui n’a pas vu cette fête ne sait pas ce qu’est la joie ». C’était la fête de la fin des récoltes, après les vendanges. Il s’agissait de se réjouir pendant une semaine pour les dons de YHWH et de lui demander la pluie pour les récoltes de l’année suivante. Les huttes de branchage, semblables à celles qu’on construisait dans les vignes au moment des récoltes, rappelaient un peu les huttes de branches que les Hébreux avaient construites autrefois au désert, au temps de la misère. Le contraste entre les huttes du désert et les huttes de la fête des récoltes invitait à la reconnaissance envers le Dieu de l’Alliance qui avait donné aux Hébreux les terres de canaan. 

C’est seulement lorsque se calment les esprits surchauffés par la guérison du paralytique de Bethzatha, inacceptable provocation aux yeux des juifs, c’est seulement alors que Jésus revient à Jérusalem. Les discussions  populaires suscitées par sa renommée vont lui donner l’occasion de proposer à tout le peuple un enseignement dans lequel il se révèle comme celui qui accomplit le sens de la fête des Tentes.

La fête des Tentes était le cadre d’une liturgie où le symbolisme de l’eau et de la lumière était frappant. Une procession quotidienne partait de la piscine de Siloé apportait de l’eau au temple pour la libation, et la cour des femmes était éclairée d’immenses torches[1]. L’acte le plus important de cette fête consistait à offrir à Dieu une corbeille pleine de fruits récoltés (cf. Dt 26,2).

La fête juive des tabernacles célébrait donc les dons de Dieu à Israël. Or, le meilleur de ces dons, plus précieux que le lait et le miel, supérieur à la lumière du soleil et à l’eau des sources et fontaines, c’est la Torah, la Loi, véritable source vivifiante et lumière d’Israël. Car tous les autres bienfaits lui viennent par elle.

Dans les vv. 14-36 du ch. 7, Jésus, dans son enseignement, prétend apporter aux hommes un bien supérieur à la loi, une vie et une sagesse meilleures que celles qu’elle leur a apportées. S’appuyant sur la Loi, il s’efforce de convaincre ses auditeurs et adversaires que Moïse lui-même, par qui est venue la Loi, témoigne pour lui, de même que les prophètes dont JB, le dernier en date est le prototype.

Les vv. 37-53 rapportent le sommet de l’enseignement de Jésus au cours des deux derniers jours de la fête où le symbolisme de l’eau et de la lumière est le plus parlant pour les foules qui se rassemblent. S’adressant à ces foules assoiffées de la justice que donne la Loi, Jésus crie la nouvelle : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et que boive celui qui croit en moi » (vv. 37-38). Il promet ainsi, à tous, l’eau vive qu’il proposait à la samaritaine. Puis il s’applique la parole du prophète Zacharie « De son sein couleront des fleuves d’eau vive. » Allusion à l’Esprit qui est la source de sa justice à lui Jésus, et qui sera de même la source de vie, de lumière, de sainteté pour les croyants quand l’Heure aura sonné. Les réactions des auditeurs sont mélangées même si l’incrédulité et l’hostilité (surtout des chefs du peuple) l’emportent sur l’accueil et la foi de quelques-uns. Cependant, grâce aux procédés rabbiniques dont il use avec dextérité, Jésus confond ceux qui le rejettent et démontre que ce faisant, ils s’opposent à la Loi de l’Alliance et deviennent adultères, réduits au rang d’adorateurs de leurs idées et de leur sagesse tout humaines.

Jn 7,53−8,11 relate l’épisode de la femme adultère. L’évangéliste établit ainsi un parallèle entre la femme coupable d’un adultère somme toute banal et les juifs, les adversaires de Jésus, coupables d’un plus grave adultère envers YHWH. Les vrais adultères, ce sont ceux qui sont infidèles à la Loi de l’Alliance. En rejetant Jésus, en refusant d’entrer dans la nouvelle Alliance qu’il propose, en manquant de foi, les juifs commettent le plus grand péché d’adultère qu’il soit possible de commettre. Ils se font ainsi dépasser par les collecteurs d’impôts et les prostituées (cf. Mt 21,31) qu’ils sont prompts à juger et à condamner.

La portion des vv. 12-53 du ch. 8 est dominée par l’idée de jugement. Jésus, en réalité, ne juge ni ne condamne personne. C’est chacun qui, par la décision qu’il prend face à la lumière (il déclare sans ambages « je suis la lumière du monde » cf. 8,12), se juge et encourt ou non la condamnation. La lumière éclaire et vivifie ceux qui la reçoivent, elle les fait marcher dans la liberté et en fait des fils de Dieu ; en revanche, elle aveugle ceux qui la rejettent, ils trébuchent à chaque pas et ils s’en vont périr dans les ténèbres du péché qui est le pire des esclavages. Dans un ton indigné face à leur obstination et à leur dessein homicide, Jésus finit par déclarer à ses adversaires : « vous mourrez dans votre péché » (8,21.24). L’opposition qui ne cesse de monter contre lui signifie que la passion se profile à l’horizon. Jésus l’évoque en parlant de « l’élévation » du Fils de l’homme (8,28). Cette perspective ne l’empêche pas d’affirmer de plus en plus explicitement son identité divine. Il se sert pour cela des mots mystérieux « Je suis » (8,28.58) que ses adversaires comprennent fort bien : Il se fait Dieu ; l’allusion à Ex 3,14 et Is 43,10.13 est à peine voilée.

La guérison de l’aveugle-né et les discussions qui s’ensuivent : Jn 9−10,21

9, 1-12 : Cet aveugle représente l’ensemble des juifs aveugles de naissance. La circoncision est leur vraie naissance dans le peuple de Dieu ; elle les conduira à un attachement exclusif à la loi. Cette surévaluation de la loi de Moïse les a rendus inattentifs à Jésus, le don de Dieu. La circoncision a fait de beaucoup de juifs de véritables aveugles de naissance, parce qu’elle s’est arrêtée à la chair et n’a pas atteint l’esprit et le cœur. L’œuvre que Jésus accomplit en guérissant l’aveugle est le signe qu’il est celui qui porte la Loi de la circoncision à son plein accomplissement. Son enseignement, s’il est reçu, va opérer la circoncision intérieure que la Loi mosaïque ne pouvait réaliser. Le bain d’eau à la piscine de Siloé (l’envoyé) accompagnée de la parole d’autorité de Jésus, le  véritable envoyé, symbolise le baptême nouveau, administré dans l’eau et l’Esprit, et qui seul peut délivrer l’homme de la cécité spirituelle. Ainsi, en envoyant l’aveugle à la piscine de Siloé, Jésus montre le lien absolu qui existe entre la découverte de la vérité entière sur sa personne et la purification du cœur. On ne peut voir l’intimité de Jésus avec le Père, dans l’Esprit, avec des yeux souillés par le péché. Seul un cœur purifié par l’eau du baptême de l’envoyé peut devenir voyant.

Les vv. 13-41 décrivent  le parcours qu’a effectué l’aveugle avant de « voir » le Fils de l’homme pour aussitôt se prosterner devant lui (vv. 35-37). Se prosterner devant celui qu’il considère comme son maître est pour cet homme le point de départ d’une nouvelle vie. Quant aux pharisiens qui méconnaissent Jésus et le rejettent (en excommuniant le miraculé), ils restent dans leur aveuglement et leur péché demeure (v.41). Encore une fois, la lumière illumine les cœurs droits, mais elle aveugle les incrédules (v. 39)

En 10,1-21, le discours de Jésus se sert de comparaisons diverses, celles du berger et de la porte, pour dénoncer et démasquer cet aveuglement des chefs juifs pour qui l’enseignement de la Torah, loin d’être un service de la vie, est devenu un simple gagne-pain et une promotion. L’arrière-fond du discours est constitué des oracles du prophète Ezéchiel (cf. Ez 34,11-16 ; 23). Parce qu’ils sont fermés à son langage qui est celui de Dieu, Jésus traite les maîtres d’Israël d’« étrangers » ; ils se prétendent bergers, mais les brebis leur importent peu et ils ne sont donc que « voleurs, brigands, mercenaires ». Familiers du langage de la Loi, ils se révèlent incapables de comprendre celui de Dieu. Or, l’un ne saurait contredire l’autre, car tous les deux sont en définitive de Dieu. Comme le prophète Ezéchiel, Jésus conclue que les brebis sont retirées aux mauvais bergers. Mais là où, selon le prophète, Dieu prendrait lui-même en charge le soin du troupeau, Jésus s’attribue la prérogative. Il se déclare le propriétaire du troupeau, affirmant de nouveau son identité divine.

Et le troupeau qui est le sien déborde les frontières d’Israël : tous les hommes sont invités à jouir de sa sollicitude pastorale.

 

I.3 La fête de la Dédicace (10,22-39) + (10,40-42)

 

Le discours prononcé lors de la fête de la Dédicace sous le portique de Salomon prolonge le thème du pasteur et de ses brebis avant de revenir à celui des œuvres quand les juifs, exaspérés par la déclaration de son unité avec le Père qu’ils considèrent comme blasphématoire, veulent lapider Jésus. Alors, dans le « plaidoyer rabbinique » de Jésus apparaît une auto-définition en lien avec la fête qu’on célébrait alors, la Dédicace. Une signification nouvelle se trouve, par là même, donnée à la fête.

Et d’abord, qu’était cette fête ?

La fête de la Dédicace, célébrée annuellement, commémorait l’anniversaire de la purification et de la consécration du Temple (et notamment de sa partie centrale, l’Autel) en -165 par Judas Maccabée après les profanations d’Antiochus Epiphane (cf. 1M 4,36-59 ; 2M 10,1-8). Elle avait beaucoup de similitudes avec la fête des Tentes à laquelle elle empruntait son cérémonial (cf. 2M 1,9 ; 10,6).

En se présentant comme « celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde » (10,36), Jésus se substitue au Temple et à l’Autel. Il est le Nouveau Temple et le Nouvel Autel de la Nouvelle Alliance. La fête juive de la Dédicace cède désormais la place à l’accueil dans la foi de celui qui est l’unique lieu de rencontre entre Dieu et son peuple, le seul par qui l’offrande des hommes peut être sanctifiée et donc agréée par Dieu (cf le signe de la purification du Temple :Jn 2,13-22)

Les vv. 40-41 (qui forment inclusion avec 1,28) présentent Jésus traversant le Jourdain où tout avait commencé avec le témoignage rendu par JB. Tout ce que Jésus venait de dire et de faire confirmait ce témoignage du Précurseur. Le baptême dans l’eau et l’Esprit était initié.

 

 

par Abbé Théophile NARE publié dans : Théologie communauté : La belle Afrique
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Lundi 30 juin 2008

PREMIERE PARTIE : LE VERBE ACCOMPLIT SA MISSION : 

JESUS INSTAURE UNE NOUVELLE ECONOMIE DU SALUT PAR SES SIGNES ET SES ŒUVRES (2,1—12,36)

 

De la manifestation du Christ à travers les paroles de ceux qui font sa connaissance, l’évangéliste fait passer le lecteur à sa manifestation par ses propres actes : après les témoignages, voici les signes et les œuvres. Toute cette première partie de l’évangile est sous-tendue par l’idée que Jésus met fin, non seulement aux institutions juives, mais aussi à tout l’ordre humain ancien ; mais il ne se contente pas de les supprimer, il y substitue un nouvel ordre de réalités, il les accomplit donc. Le thème de la substitution court à travers les actes et les paroles de Jésus, non seulement dans la section dite des « signes » (Jn 24), mais aussi dans celle des « œuvres » (512,36) que nous examinerons tour à tour.

 

A- Les signes : 2,1— 4,54

 

A juste titre, cette section est intitulée par A. JAUBERT « de Cana à Cana ».  Tout commence en effet par le signe de l’eau changée en vin aux noces de Cana et s’achève par la guérison du fils du fonctionnaire royal, encore à Cana. Dans l’intervalle, le lecteur assiste au signe de la purification du temple à Jérusalem ainsi qu’à deux entretiens de Jésus, le premier avec un notable juif, Nicodème, le second avec une femme de Samarie. Il assiste aussi à la sortie de scène du Baptiste, le plus grand des prophètes.

En faisant attention au symbolisme des choses et des situations évoquées, considérant aussi l’identité des personnages mis en scène, on n’a aucune peine à percevoir comment se développe ici le thème de la substitution. L’alliance, le culte, la prophétie, la loi de sainteté, toutes ces réalités du judaïsme entrent en mutation au contact du Verbe incarné. Il les sauve en les éclairant de sa lumière qui les renouvelle et il invite les hommes à entrer dans ce renouveau par le moyen de la foi en lui. Ce n’est pas seulement Israël qui est convié, mais l’humanité entière, car « le Verbe, en venant dans le monde, est lumière pour tout homme » (cf. 1,9). La section des signes a une perspective sacramentelle indéniable : le baptême et l’eucharistie se profilent constamment à l’horizon du texte.

La section comporte 3 sous-sections que nous allons analyser à présent.

 

 

 

 

1. Le premier signe de Cana ou le renouvellement de l’Alliance avec Israël  (2,1-12)

 

« Ce qui étonne dans le récit des noces de cana, c’est le peu d’importance donné aux mariés. Jean ne les nomme pas, alors qu’il nomme Jésus et « ‘la mère de Jésus’ à deux reprises…L’impression qui domine est que les deux grands personnages de la noce de Cana sont Jésus et Marie » et que cet épisode est une allusion à une réalité massive dans l’AT, la rencontre eschatologique de l’époux divin et de l’Epouse, Israël (cf. Is 54,5).

Ainsi, le vrai mariage, dont le mariage de Cana est le symbole, est la nouvelle Alliance. Jésus profite d’un mariage pour « jouer », dans le style des grands prophètes et des sages d’Israël, une énigme. Elle sera incomprise sur le moment mais deviendra plus tard l’explication de toute son œuvre, à savoir, le renouvellement de l’Alliance entre Dieu et son Peuple.

En effet, c’est le « vin des noces » qui constitue le fait saillant de ces noces de Cana. Or, le vin, abondant et excellent, est le symbole messianique de l’amour de Dieu pour Israël

Le vin remplace l’eau contenue dans les jarres de pierre utilisées pour les purifications rituelles des juifs. Ces urnes vides criaient à leur façon que l’Epouse de Yahvé était profondément souillée et qu’elle avait besoin d’une purification abondante pour retrouver sa joie et sa beauté. Jésus saisit l’occasion pour faire découvrir que l’eau de la purification rituelle sera remplacée par le vin de l’Amour.  Si, dans la première Alliance, la connaissance de l’amour de Yahvé était une richesse, celle-ci restait limitée. Israël avait bu, à l’école des prophètes, un vin d’Amour moins bon que celui qui serait préparé plus tard, au temps de Jésus, quand viendrait « l’Heure », cette « Heure » anticipée par le miracle qu’il accomplit.

Il faut noter qu’à Cana, comme dans tout l’évangile, cette révélation est donnée d’abord aux plus petits. Les disciples et les humbles serviteurs sont les premiers témoins du miracle, et le village de Cana, lui-même, n’est qu’une bourgade pauvre de la Galilée des nations.

Le récit se termine par une notule sur le déplacement de Jésus, de sa mère, de ses frères et de ses disciples à Capharnaüm, suivi d’un bref séjour dans cette ville. L’intérêt de cette mention est de montrer au lecteur comment, sur la base de la foi, Jésus fonde une communauté chrétienne qui élargit sa famille naturelle en y intégrant ses disciples. Cette nouvelle famille ne cessera de grandir par l’accueil de nouveaux membres, les croyants.

 

 

 

2. le signe de la purification du Temple ou le renouvellement du Culte  (2,13-22) + (2,23-25)

 

Après avoir montré (cf. Jn 2,1-12) que Jésus était venu pour une Alliance nouvelle de l’homme avec Dieu incomparablement plus merveilleuse que l’ancienne, l’évangéliste va montrer maintenant au lecteur où se trouve le cœur de cette Alliance nouvelle, quel est le lieu de rencontre du Père des Cieux et de tout homme qui croit.

Le signe de la purification du temple montre que le cœur de la religion n’est plus le Temple de Jérusalem, c’est le cœur filial de Jésus. Le rôle du Temple touche à sa fin. Jésus instaure une nouvelle forme d’adoration, plus haute, plus pure, plus vraie. Elle se fait dans sa personne à lui, Jésus. Il est le nouveau Sanctuaire et l’unique véritable, non bâti de main d’homme, mais donné par Dieu. Jésus, au Temple, ne bouscule pas seulement les hommes et les animaux, il bouscule encore plus les coutumes, les rites de l’ancien culte qu’il remplace par le nouveau : il ne s’agit plus d’offrir à Dieu « des choses », mais de lui donner sa personne avec Jésus, comme Jésus.

Lorsque, plus tard, les prêtres eux-mêmes comprendront cette vérité, ils se convertiront et deviendront, avec les disciples de la première heure, les « pierres vivantes » du nouveau temple, Jésus Christ (cf. Ac 6,7).

En attendant, le poids paralysant de l’opinion, des habitudes et du péché empêche les hommes, même les admirateurs de Jésus, d’adhérer pleinement à la vérité de la révélation nouvelle. Jésus le sait, lui qui « connaît ce qu’il y a en l’homme ».

 

3. Renouvellement de l’Alliance  et du Culte pour l’humanité entière sur la base de la foi (3—4)

 

Nicodème, les disciples de J-B, et plus loin, la femme de Samarie, font partie de ces admirateurs de Jésus  qui, cependant, vivent encore dans le temple ancien. Ils restent hommes et femme de la loi alors que l’heure est venue de passer de la Loi de Moïse à la foi au Fils de Dieu et à la vie dans l’Esprit.

 

3.1 Renouvellement de l’Alliance  et du Culte pour les juifs orthodoxes : Nicodème (3,1-21) + les Baptistes (3,22-30) + (3,31-36)

 

Son entretien nocturne avec Jésus, permettra à ce dernier d’amener progressivement le docteur de la Loi à faire le passage à la foi.

De même que la circoncision introduisait dans le Peuple d’Israël, de même qu’elle permettait aux fils d’Israël de vivre de la Loi, de même la foi en Jésus fait renaître à une vie nouvelle. Le baptême d’eau n’y suffit pas, il faut encore celui de l’Esprit que seul peut donner le Christ. Nicodème découvre la personnalité de Jésus comme étant celle de l’homme qui est né de l’Esprit et dont la vie est sans cesse conçue, pensée, guidée par l’Esprit.

Cette personnalité même de Jésus dit pourquoi il supplante le Baptiste dont la mission était d’agir pour préparer la mission du Verbe incarné, puis de s’effacer devant cette mission. Le témoignage en est mis sur les lèvres mêmes du Baptiste.

 

3.2 Renouvellement de l’Alliance  et du Culte pour les juifs hétérodoxes ou hérétiques (marginaux) : la Samaritaine (4,1-42)

 

L’entretien de Jésus avec la samaritaine reprend ce qui n’était qu’indiqué dans l’entretien avec Nicodème pour en prolonger les aperçus.

Les vv. 1-6 soulignent l’occasion presque accidentelle de cet entretien : le repli tactique de Jésus devant l’irritation prévisible des pharisiens que ses activités, à la suite de celles du Baptiste, agaçaient ; la chaleur et la fatigue qui l’amènent à s’asseoir au bord du puits de Jacob. Ce dernier détail donne bien la vraie note de l’évangéliste. Il est, contrairement à ce qu’on a dit, parfois de lui, celui qui nous montre le mieux le Dieu qui est en Jésus, et en même temps, celui qui marque le mieux son caractère humain. Il exprime parfaitement le mystère de l’incarnation.

Les vv. 7-26 décrivent la « maïeutique spirituelle » dans laquelle s’engage Jésus pour conduire la femme de Samarie à la foi. Les préjugés sociaux, l’aveuglement spirituel, le poids du péché constituent autant d’obstacles que Jésus doit surmonter pour que la Samaritaine accède à la vérité tout entière, à savoir l’établissement d’une nouvelle « économie » du salut où une nouvelle alliance et un nouveau culte « en esprit et en vérité » supplantent  et accomplissent les anciennes dispensations de la grâce, imparfaites et transitoires.

Les vv. 27-42 éclairent le sens de ce qui s’est passé dans cet entretien de Jésus avec la Samaritaine, entretien qui a pris fin au v.26 avec la proclamation messianique. Jésus vient d’accomplir sa mission en se faisant pour la femme « la lumière qui éclaire tout homme » ; il vient d’accomplir ainsi l’œuvre du Père, sa volonté, et il en est comblé. Il invite les disciples à entrer dans la joie de leur maître et à prendre leur part de cette joie en devenant eux aussi missionnaires dans la moisson de Dieu, ce qui suppose le dépassement de leurs préjugés, de leur sagesse humaine. Pour cela, l’exemple leur est donné par les samaritains qui reconnaissent en Jésus « le sauveur du monde », l’invitent à rester avec eux et par Jésus qui accepte de séjourner deux jours dans une ville samaritaine.

3.3 Renouvellement de l’Alliance pour les païens : le second signe de Cana (4,43-54)

 

Après l’escale de deux jours en Samarie, Jésus poursuit la traversée et arrive en Galilée. C’est là qu’il accomplit la guérison du fils d’un officier royal de Capharnaüm, un païen que Jésus loue parce qu’il a déjà accompli le passage de la foi sur signes à la foi en la parole de Jésus. En cela, ce païen se révèle un vrai fils d’Abraham ; il entre pleinement dans la famille de Jésus. Sa foi est ce qui lui obtient la guérison de son enfant, comme celle de Marie, le premier signe de cana.

Ce récit sobre qui conclue la section des signes introduit en même temps celle des œuvres où se trouve soulignée la puissance recréatrice, vivifiante de la parole de Jésus, révélation de son autorité divine : Il a les paroles de la vie.

par Abbé Théophile NARE publié dans : Théologie communauté : Libre parole-Libre Information
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Dimanche 29 juin 2008

CHAPITRE I - ETUDE DU QUATRIEME EVANGILE

Depuis que la critique s’exerce sur le quatrième évangile, on ne peut pas dire qu’elle ait dégagé une structure littéraire qui satisfasse tous les spécialistes.[1]

 

I.1 Les Diverses Propositions De Plans : Expose Et Critique

I.1.1 Le plan d’Annie JAUBERT (cf. C.E. 17, p.28)

Annie Jaubert propose un plan en 9 points qu’introduit le Prologue hymnique :

Prologue (1,1-18)

1. Jean-Baptiste présente l’Agneau ; les premiers disciples         (1,19-51)

2. de Cana à Cana (2-4)

Le début des signes : le vin des noces (2, 1-12) ; Qui est l’Epoux ?

La Pâque à Jérusalem : le véritable Temple (2,13-23)

Entretien avec Nicodème : le Fils de l’homme doit être « élevé » (3,1-21)

Jean-baptiste, l’ami de l’Epoux, disparaît devant Jésus (3,22-36)

La samaritaine au puits : « Les adorateurs en esprit et en vérité » (4,1-42)

Deuxième signe de Cana : « Ton fils vit » (4,43-54)

3. Scandales et discours (5-6)

Guérison à la piscine de Bézatha, le jour du sabbat, le Fils fait les œuvres du Père (5,1-47)

Multiplication des pains ; marche sur les eaux ; scandale du pain de vie, confession de Pierre (6,1-71)

4. Grandes controverses (7-10)

La fête des tabernacles et la promesse des fleuves de l’Esprit ; discussions sur l’origine de Jésus (7,1-53)

Discours polémiques (8,12-59)

L’aveugle-né voit ; la Synagogue devient aveugle (9,1-41)

Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Le consacré du Père menacé de lapidation (10,1-42)

5. Jésus monte vers sa mort et sa glorification (11,1-12,50)

Jésus délie Lazare de la mort et échange sa vie pour la sienne (11,1-57)

L’onction de Béthanie : annonce de la sépulture (12,1-8)

Entrée messianique à Jérusalem (12,12-19)

« Si le grain ne meurt » (12,20-36)

Aveuglement des juifs, incrédulité du monde (12,37-50)

6. Le dernier repas et les discours d’adieux (13-17)

7. Récits de la Passion (18-19)

8. Récits de la résurrection (20)

9. Appendice : au bord du lac de Tibériade (21)

 

I.1.2 Le plan de X.-L. DUFOUR[2]

Cet auteur propose un plan en deux parties précédées par le Prologue théologique :

Prologue théologique (1,1-18)

Première partie (1 ,19 – 12)

Prologue historique ; première révélation de la gloire de Jésus (1,19−2,12)

1. Jésus et le temple de Dieu (2,13-22)

2. De la foi sur signes à la foi en la parole de vie (2,23−3,36)

3. De Judée en Galilée (4,1-54)

4. A Cana, épiphanie de la vie (4,46-54)

5. Le Fils de Dieu rend l’homme sain (5,1-47)

6. Le mystère du pain de la vie (6,1-71)

7. La Lumière de la vie (7,1−8,59)

8. Lumière nouvelle et pâturages abondants (9,1−10,21)

9. L’ultime confrontation (10,22-39)

10. Jésus rend la vie à Lazare (10,40−11,54)

11. Avant la dernière Pâque (11,55−12,36)

Epilogue (12,37-50)

 

Deuxième partie : L’heure de la glorification (13−21)

Introduction solennelle (13,1)

1.                Jésus et les siens (13,2-32)

2.                Les adieux de Jésus (13,33−17,26)

3.                La Passion (18−19)

4.                A la rencontre du vivant (20,1-31)

 

Epilogue (21,1-25)

 

I.1.3 La division de R.E. BROWN[3]

BROWN présente un plan bipartite encadré par un Prologue et un Epilogue

Prologue : le parcours du verbe incarné, introduction et résumé (1,1-18)

Première partie : le livre des Signes

-Le verbe se révèle au monde et aux siens, mais ils ne l’acceptent pas

1. Premiers jours de la révélation de Jésus à ses disciples sous divers titres (1,19-2,11)

2. du premier au second miracle de Cana ; thèmes de la substitution et des réactions à Jésus (2-4) : l’eau changée en vin, purification du Temple, Nicodème, la Samaritaine au puits ; guérison du fils d’un fonctionnaire royal.

3. Jeûnes de l’AT et leur remplacement ; thèmes de la vie et de la lumière (5−10)

Sabbat – Jésus, nouveau moïse, remplace le commandement du repos du sabbat (5,1-47)

Pâques – le p