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Dieu notre bon Père, je te demande de bénir mes ami(e)s, parents, frères et soeurs, mes collaborateurs et tous ceux et celles qui lisent ceci maintenant.
Montre-leur une nouvelle révélation de ton Amour et de ton Pouvoir. Ainsi
soit-il !

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Théologie

Samedi 3 mai 2008 6 03 /05 /2008 16:32

III/ Formation de la conscience, loi naturelle et loi divine, vie morale et magistère de l’Eglise

 

A/ La formation de la conscience

 

1. La recherche de la certitude morale

            Parce que nul ne doit agir avec une conscience douteuse, il est nécessaire d’éliminer le doute. Ce changement du doute en certitude morale doit se faire à travers l’utilisation des principes réfléchis ou d’action. Il s’agit de principes raisonnables (de prudence) qui sont valables pour tous les domaines de l’agir moral et qui éclairent d’une manière indirecte une situation déterminée (c’est pourquoi on les appelle réfléchis). Les principes réfléchis ou d’action ont été systématisés par la morale casuistique de la manière suivante :

 

Principes dans doutes de droit :

- La loi douteuse qui concerne l’existence ou la promulgation d’une loi n’oblige pas ;

Mais la loi douteuse, quant à sa cessation oblige toujours.

Principes dans des doutes de fait :

- Si le doute porte sur une action qui introduit une obligation légale, la liberté prévaut.

- Si le doute retombe sur un fait duquel dépend la cessation d’une loi ou d’une obligation, la loi et l’obligation prévalent.

- Si le doute retombe sur la réalité de la collision des lois et des droits, la loi oule droit le plus important prévaut.

 

2. Le cas de la conscience erronée

            La conscience invinciblement erronée : elle est dans une ignorance dont le sujet n’est pas conscient et dont il ne peut sortir par lui-même (V.S. n°62). L’ignorance invincible n’est pas coupable. Dans ce cas la conscience ne perd pas sa dignité et sa valeur obligatoire. Elle est de fait une règle prochaine de la moralité (elle oblige). En effet tout en orientant sur un sens qui s’écarte de l’ordre moral objectif, elle ne cesse de parler au nom de la vérité sur le bien que le sujet est appelé à rechercher sincèrement (V.S.n° 62).

            La conscience vinciblement erronée (de mauvaise foi, coupablement erronée) : la conscience est dite vinciblement erronée lorsque le sujet se trouve dans une ignorance coupable. Cette ignorance peut être entretenue volontairement. C’est le cas de celui qui ne veut pas savoir. L’ignorance coupable peut être aussi l’effet d’une négligence plus ou moins grande à s’informer. C’est dans ce sens que l’ignorance de la loi n’excuse pas. Il en va ainsi lorsque l’homme se soucie peu de rechercher le vrai et le bien et lorsque l’habitude du péché rend presque la conscience aveugle. (G.S n° 16). Le mal commis à cause d’une ignorance vincible est imputable à celui qui le commet. C’est pourquoi, Saint Thomas affirme que si la conscience se trompe volontairement, soit directement, soit indirectement, par une erreur portant sur ce qu’on est tenu de savoir, une telle erreur n’excuse pas du mal mais la volonté qui agit conformément à cette conscience erronée.  D’oùla nécessité de former la conscience.

 

3. Le devoir de former sa conscience (discernement moral)

            L’éducation ou la formation de la conscience est indispensable du fait que l’homme est le sujet de certaines influences négatives. Ainsi, chaque homme a le grave devoir d’informer sa conscience et d’éclairer son jugement ou son discernement moral (cf. Rm 12,2 ; Ph 1,9-11). Le discernement n’a pas pour objet ni une loi, ni un ensemble de principes abstraits, mais la recherche de la volonté de Dieu. Celle-ci n’est pas une réalité évanescente mais la découverte à travers la recherche de ce qui est bon, ce qui est parfait, ce qui est capable de plaire à Dieu (cf. Rm 12,2). Ainsi, c’est le cœur tourné vers le Seigneur et vers l’amour du bien qui est la source des jugements de la conscience. Il doit donc exister une sorte de connaturalité entre l’homme et le bien véritable, sa conscience devant alors découvrir et observer la loi naturelle et la loi divine.

 

B/ La loi naturelle, la loi divine positive et la loi humaine

1. Définition de la loi

Du latin lex, legis, la loi traduit une règle, une prescription établie par une autorité souveraine compétente, applicable à tous, et définissant les droits et les devoirs de chacun, en vue du bien commun. Une loi est dite positive lorsqu’elle est effectivement promulguée dans une société (vie pratique des hommes), qu’elle assure la sauvegarde des institutions et pourvoie dans une mesure suffisante, au bien commun.

2. La loi naturelle

C’est l’ensemble des règles de conduite fondées sur la nature même de l’homme ; elle exprime le sens moral originel qui permet à l’homme de discerner par la raison ce que sont le bien et le mal, la vérité et le mensonge. Elle est dite naturelle non pas en référence à la nature des êtres irrationnels, mais parce que la raison qui l’édicte appartient en propre à la nature humaine (cf. CEC n° 1955).

3. Immuabilité et universalité de la loi naturelle

Présente dans le cœur de chaque homme et établie par la raison, la loi naturelle est universelle et immuable.

Immuable, car dans la diversité des cultures, cette loi demeure comme une règle reliant entre les hommes et leur imposant, au-delà des différences inévitables, des principes communs (CEC n° 1957).

Immuable et permanente à travers les variations de l’histoire : elle subsiste sous le flux des idées et des mœurs et en soutient le progrès. On ne peut ni la détruire ni l’enlever du cœur de l’homme, même si l’on renie jusqu’à ses principes (CEC n° 1958).

4. Loi divine positive et humaine

a. Loi divine positive ou révélée

Cette loi s’inscrit dans la trame de l’histoire du salut : Ancienne Alliance (Loi mosaïque ou Torah) et Nouvelle Alliance (Loi nouvelle ou loi évangélique).

La Loi ancienne contient des prescriptions morales résumées dans le Décalogue (Ex 20, 1-17 ; Dt 5, 6-22) et qui rappellent les exigences fondamentales de la conscience humaine. Cette loi présage l’œuvre de la libération du péché qui s’accomplira avec le Christ.

La loi Nouvelle ou loi évangélique est l’œuvre du Christ : elle s’exprime dans le Sermon sur la montagne (Mt 5, 1-12) et tient particulièrement dans le commandement nouveau de Jésus, de noua aimer les uns les autres, comme lui nous a aimés (Jn 13, 34 ; 15, 12). La loi évangélique accomplit, affine, dépasse et mène à la perfection la loi ancienne ; elle est une loi d’amour, de grâce et de liberté (cf. Mt 5, 17 ; Jc 1,25). La loi nouvelle comporte aussi des conseils évangéliques qui manifestent la plénitude vivante de la charité.

b. La loi humaine

Dans les sociétés humaines, tous les éléments importants de la vie communautaire –état civil, école, mariage, propriété, travail, succession…- sont réglés par des lois humaines. Celles-ci sont dites humaines parce qu’ayant pour objet l’homme et ses comportements individuels et collectifs, passés et présents. Elles obligent en conscience et visent trois éléments essentiels : le respect de la personne en tant que telle, le bien-être social et le développement de la société. On distingue de ce fait, les lois civiles et les lois ecclésiastiques :

Les lois civiles sont celles qui sont édictées par le législateur pour préciser et régir le vivre-ensemble. Elles portent un caractère social et politique. Social, car la société est une donnée humaine essentielle et c’est en son sein que l’homme s’épanouit, apprend à vivre avec autrui. Politique, parce que conformément à la nature sociale de l’homme, (le bien commun).

Les lois ecclésiastiques concernent la vie des fidèles dans l’Eglise. On les trouve consignés dans le Code de droit canonique, de droit liturgique, l’enseignement des papes et des évêques. L’esprit de ces lois est de favoriser, à travers une discipline emprunte de charité, l’éclosion d’une vie nouvelle axée sur les exigences de la foi chrétienne. Cet esprit de charité anime la vie morale chrétienne et lui donne un sens nouveau, celui de tendre dans toute décision, à aimer Dieu comme Père et à l’aimer dans ses fils que sont tous les hommes.

 

B. Du comportement requis des fidèles par le Magistère

1. Le Magistère de l’Eglise

a. Le Magistère désigne d’abord l’ensemble de ceux qui, détenant l’autorité au nom du Christ, ont la charge d’interpréter de façon authentique la parole de Dieu écrite ou transmise. Il s’agit ici de l’évêque de Rome, des évêques en communion avec lui, des congrégations romaines, etc.

b. Le Magistère désigne aussi les enseignements et les directives donnés par les pasteurs sous différentes forme au nom de la foi en Jésus-Christ : conciles, synodes, exhortations, encycliques, lettres pastorales (…) par rapport à la fonction d’enseignement qu’ils exercent dans l’Eglise. On distingue de ce fait :

 Le Magistère ordinaire : celui exercé couramment par la pape, les évêques ainsi que leurs délégués. Il est dit ordinaire parce qu’inhérent à leur office.

Le Magistère extraordinaire est celui exercé par le pontife romain quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, il proclame un point de doctrine touchant la foi et les mœurs. Du fait même de sa charge, il jouit ici du charisme de l’infaillibilité (CEC n° 890). Ce privilège réside aussi dans le corps des évêques quand ils l’exercent en union avec le successeur de Pierre surtout dans un concile œcuménique (LG 25).

 

2. Les fidèles du Christ

« Les fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu’incorporés au Christ par le baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison, participant à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission que Dieu a confiée à l’Eglise pour qu’elle l’accomplisse dans le monde. » (CEC n°871). Il y a trois catégories de fidèles dans l’Eglise :

- les ministres sacrés ou clercs

- les laïcs ou fidèles laïcs

- les consacrés.

 

3. Les obligations des fidèles face au Magistère

La charge pastorale du Magistère est de veiller à ce que le peuple de Dieu demeure dans la vérité qui libère. Le Magistère ordinaire et universel du pape et des évêques en communion avec lui, enseigne aux fidèles la Vérité à croire, la Charité à pratiquer, la Béatitude à espérer. (CEC n°2034). Les évêques et les prêtres ont pour première tâche d’annoncer l’évangile de Dieu à tous les hommes, selon l’ordre du Seigneur. Face à cela :

*les fidèles, en vertu du Baptême et de la Confirmation sont tenus par l’obligation de travailler à ce que le message divin du Salut soit connu et reçu par tous les hommes et par toute la terre. (LG 33)

*les fidèles Laïcs se trouvent sur la ligne la plus avancée de la vie de l’Eglise. Ils sont l’Eglise. A cet effet, ils devront avoir une conscience toujours plus claire, non seulement d’appartenir à l’Eglise, mais d’être Eglise, c’est-à-dire la communauté des fidèles sur la terre sous la conduite du chef commun, le pape, et des évêques en communion avec lui. (Cf. Jean Paul II, CL9).

*par le sens surnaturel de la foi, les fidèles s’attacheront indéfectiblement à la foi, sous la conduite du Magistère vivant de l’Eglise. De ce fait, lorsque par son Magistère suprême l’Eglise propose quelque chose, « à croire comme étant révélée par Dieu » (DV 10), et comme enseignement du Christ, les fidèles y adhèreront dans l’obéissance de la foi à de telles définitions.

*lorsque le pape et les évêques proposent, dans l’exercice du Magistère ordinaire, un enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de la révélation en matière de foi et de mœurs, les fidèles doivent donner l’assentiment religieux de leur esprit qui, s’il se distingue de l’assentiment de la foi, le prolonge cependant.

*les fidèles, se souvenant de la Parole du Christ à ses apôtres : « qui vous écoute, m’écoute » Jn10, 16, s’attacheront à leur évêque comme l’Eglise à Jésus Christ et Jésus Christ à son Père (LG 20 & 27).

*par fidélité à la conscience et éclairés par l’enseignement de l’Eglise, les fidèles unis aux autres hommes, doivent chercher ensemble la vérité et la solution juste de tant de problèmes moraux que soulève la vie privée comme la vie sociale, et ce, sous le conseil des pasteurs. (GS 16).

 

Conclusion

La liberté fait de l’homme un sujet moral. Les actes humains, c’est-à-dire librement choisis par suite d’un jugement de conscience, sont moralement qualifiables : ils sont bons ou mauvais. La conscience atteste l’autorité de la vérité en référence au bien suprême dont la personne humaine reçoit l’attirance et accueille les commandements. Quand il écoute la conscience morale, l’homme prudent, peut entendre Dieu qui parle. De ce fait, la loi de Dieu, confiée à l’Eglise, est enseignée aux fidèles comme chemin de vie et de vérité. Les fidèles ont donc le droit d’être instruits des préceptes divins salutaires qui purifient le jugement et, avec la grâce, guérissent l’homme blessé.

Par Batin - Publié dans : Théologie - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Vendredi 2 mai 2008 5 02 /05 /2008 00:30

II/ La conscience morale

 

                        A. Définition (nature)

            Le terme conscience a plusieurs sens. Globalement elle exprime deux réalités différentes : le fait d’être conscient (conscience psychologique) et le fait d’être responsable (conscience morale).

 

1. La conscience psychologique

            Elle consiste au fait que l’homme a la connaissance plus ou moins claire de son existence et de celle du monde. Sans elle il est comme une pierre, un arbre, ou tout autre objet.

 

2. La conscience morale

            Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donné lui-même, amis à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur. C’est une loi inscrite par Dieu dans le cœur de l’homme. La conscience morale est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où Sa voix se fait entendre (CEC n° 1776). C’est encore elle qui nous fait ressentir satisfaction ou remord après un acte bon ou mauvais. On peut retenir quelques traits essentiels de la conscience morale :

            La conscience est une fonction de la personne et pour la personne. Elle n’est avec Dieu à travers le Christ et agit comme ça mais  dans le mystère du Christ, que nous propose l’Eglise dans l’Esprit Saint.

            La conscience est fonction de l’unité et de la lucidité de la personne. Pour B. Härring, elle est tout à fait une en elle-même, et se tient dans la vérité, le bien et l’unité, car créée à l’image du Dieu vivant.

            La conscience est la personne elle-même. L’homme est l’image de Dieu et ainsi il est capable de savoir lire sa volonté dans la nature et dans la création. La conscience n’est donc pas fonction de la science (science morale).

 

            En définitive retenons que la conscience morale et psychologique sont indifférentes à cause de leur objet, mais ne sont pas contradictoires, il ne faut donc pas les séparer comme deux réalités irréductibles. La conscience morale suppose la conscience psychologique mais la première n’a pas besoin de le seconde pour être, bien qu’elle y trouve son point culminant dans une sorte de prolongement et surtout d’achèvement. De fait la conscience psychologique est une conscience-témoignage, elle témoigne de la présence des fonctions du Moi et la conscience morale est une conscience-juge, elle ajoute le caractère d’obligation, qui compromet le Moi.

 

            B/ Les conditions d’agir de la conscience

            Pour que le fonctionnement de la conscience soit parfait il faut qu’elle agisse avec rectitude (droiture), vérité et certitude.

 

1. La rectitude de la conscience

            La conscience droite agit avec authenticité d’une manière cohérente et essaie de chercher l’écho de Dieu dans son intérieur et dirige son action dans ce sens. Comme norme nécessaire du comportement, l’homme a besoin de la conscience droite pour agir correctement. Il peut toutefois exister une conscience vraie ou une conscience droite fausse ou erronée.

 

2. L a vérité de la conscience

            La conscience vraie est celle qui est conforme à la vérité qui est conforme à la vérité objective. Dans ce cas, il existe une adéquation entre la vérité subjective (rectitude) et la vérité objective (la vérité). Cette conscience ne souffre pas la liberté de conscience dans ce cas on l’entend comme possibilité de rechercher ou de ne pas rechercher la vérité objective. Il y a donc obligation à rechercher la vérité objective pour l’intérioriser de sorte  ce q’elle soit la norme de l’agir humain.

 

3. La certitude de la conscience

            Il s’agit de l’évidence certaine qu’a la conscience subjective de la vérité objective. Parce que la conscience doit agir avec certitude, il est obligation de chercher et de former une conscience certaine. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’avoir une certitude physique ou métaphysique, la certitude morale suffit. Autrement dit cette certitude a lieu dans le cas où le sujet n’a aucun motif raisonnable  de douter de son évaluation, de la valeur ou des circonstances de son acte. Ainsi, la conscience droite et certaine est la norme de l’agir moral et nul ne doit agir dans le doute.

 

C/ Les principes du jugement de la conscience morale

            Le jugement pratique de la conscience étant complexe devant certains cas, il est nécessaire de recourir à des principes moraux.

 

1. La conscience : une norme intériorisée de la moralité

C’est l’une des nobles définitions de la conscience morale.

            La conscience est une norme parce qu’elle possède une force normative et toute action humaine se réfère à elle pour être qualifiée moralement. D’une part, cette force normative manifeste la valeur objective en relation avec une situation concrète (G.S. n°16). D’autre part, elle est une force autoritaire (obligatoire. Ce dernier aspect clarifie non seulement la situation personnelle à la lumière de la valeur objective, mais il oblige et engage aussi la personne. En somme la conscience est obligatoire parce qu’elle est l’écho de la voix de Dieu, elle est comme sa présence en l’homme.

            La conscience est une norme intériorisée, car elle est la norme de la moralité par laquelle passent toutes les évaluations morales des actes humains toutefois, elle n’est pas autonome et elle ne crée pas moralité, même si elle possède un rôle de manifestation et d’obligation. Ainsi, elle ne fait pas le bien et le mal mais exerce une fonction de médiation entre la valeur objective et l’agir de la personne.

 

2. Sens et fonction des principes moraux

            Le jugement moral est un acte mental qui permet de discerner la valeur morale d’un acte humain. Ce raisonnement s’achève par la formulation d’un principe qui oriente le comportement humain responsable.

            Les principes moraux possèdent donc une double fonction à savoir : enregistrer (archiver) l’expérience éthique et d’orienter (diriger) l’agir moral. Ils se situent entre le formalisme vide et la rigidité fermée. Il doivent être entendus comme les directions de valeur, à travers lesquelles l’expérience éthique archivée aide mais n’annule pas la décision originale d’un individu dans une situation concrète. Dans leur formulation on doit tenir compte des exceptions, des imprévus, des situations limites, etc.

 

3. Analyse des principes moraux

            On distingue deux types de principes : les principes généraux qui se présentent avec un caractère global ou universel et les techniques qui s’appliquent aux situations singulières.

 

- Quelques principes généraux

La règle d’or : "Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour vous-mêmes pour eux." (Mt 7, 12)

Il n’est jamais permis de faire le mal pour qu’il résulte le bien. Ce principe contredit celui machiavélique : "Si bonum est totum bonum." (Si la fin est bonne, tout est bien)

La charité passe toujours par le respect du prochain et de sa conscience.

Le principe apriorique de la scolastique : "fais le bien, évite le mal !"

Le principe stoïcien : "Agis conformément à la nature"

Le principe kantien : "Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen."

Le principe de l’éthique rationnelle : "Agis de telle manière que ta décision corresponde à la préférence rationnelle ou à l’observateur impartial."

Le principe préférentiel (trois préférences) : - Vivre est préférable à non-mourir- Etre libre est préférable à être esclave- L’égalité entre les êtres humains est préférable à l’inégalité.

 

- Les principes dits techniques

Le principe du volontaire en cause : l porte sur un effet ou un méfait non voulu directement mais qui était prévisible  quant à la cause. Dans ce cas pour que le volontaire soit imputé dans la cause, il faut que l’effet soit suffisamment prévu, que la cause soit volontairement admise et qu’il existe une liaison causale (physique ou morale) entre cause et effet. Ex : le conducteur aux freins défectueux qui provoquent un accident)

La règle de la cause à double effet : il est permis de poser une action qui produise simultanément un effet bon et un effet mauvais. Pour ce faire ul faut que l’action soit bonne ou indifférente, que l’effet bon ne se produise pas à travers du mauvais, que se recherche l’effet uniquement bon, que le mauvais ne soit que permis et toléré et qu’il existe un motif suffisant pour la cause et une égale proportion (tout au moins) entre les effets.

Le principe de totalité : Souvent utilisé par Pie XII, ce principe se fonde sur le rapport de subordination qui existe entre les parties d’un tout et le tout lui-même. Le tout peut exiger le sacrifice de l’une ou l’autre partie pour sauvegarder son intégrité. Dans ce cas on tiendra compte de la hiérarchie des valeurs et de la dignité de la personne humaine. Ce principe est très utile dans le domaine de la santé mais demeure dans une perspective casuistique (à juger au cas par cas).

Par Batin - Publié dans : Théologie - Communauté : Pensées d'ailleurs
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Jeudi 1 mai 2008 4 01 /05 /2008 16:08

Introduction

            La réalisation fondamentale de l’homme qui est la recherche de son bonheur, n’est pensable que s’il met en œuvre ses propres potentialités. Toutefois combler un désir et assouvir ses besoins signifie prendre une décision pour atteindre ce but. La théologie morale fondamentale a justement pour rôle de canaliser tous les efforts de l’homme dans cette réalisation. Aussi les conditions de l’imputabilité (I), la conscience et les principes du jugement de la conscience comme norme droite de l’agir humain (II), la formation de la conscience (III), les lois naturelles, divines positive et humaine (IV) aideront-ils à déterminer les balisent qui normalisent le comportement moral de l’homme.

 

I/ La moralité et les conditions d’imputabilité de l’acte humain

 

A. Moralité de l’acte humain

 

1. Définition de l’acte humain

            Selon Saint Thomas, tout acte posé par l’homme (actus hominis) n’est pas forcément un acte humain (actus humanus). En effet on parle d’acte humain pour désigner l’acte librement choisi par suite d’un jugement de conscience. Aussi permet-il de reconnaître en l’homme un être spécifique de raison, de volonté et de liberté. De ce fait, l’acte humain libre exprime et détermine la bonté ou la malice de celui qui l’accomplit en le constituant père de ses actes.

 

2. Les sources de la moralité

            L’objet, la fin visée (intention) et les circonstances sont les éléments constitutifs de la moralité de l’acte humain.

 

a. L’objet C’est ce sur quoi porte l’action, la matière (chose ou personne) et comprend aussi les moyens mis en œuvre pour réaliser cette action. L’objet peut être bon, mauvais, indifférent, s’il n’est pas justiciable de la règle morale. Exemple : soustraire un bien à quelqu’un est l’objet d’un vol.

 

b. La fin L’intention et la fin confèrent à l’acte humain toute sa forme morale.

- L’intention (intentio = action de diriger) est l’acte intérieur qui résulte d’une délibération (intelligence) et d’un consentement (volonté). Cet acte en puissance peut tourner court (rester à l’intérieur) ou connaître une concrétisation extérieure. L’intention porte en germe soit la bonté, soit la malice de l’acte complet. Ainsi l’objet peut être bon, mais si l’intention est viciée, l’acte devient mauvais (ex : faire de l’aumône par vanité). L’intention seule ne suffit pas pour apprécier la moralité d’un acte posé ; elle est un mouvement vers la fin.

- La fin : (finis = limite) est le projet final de l’intention. Elle est l’élément capital pour qualifier moralement un acte. Aussi, quelque soit la particularité de cette fin, elle doit être conforme à la finalité ultime de la vie et de la vocation de l’homme. La fin est le but poursuivi dans l’action. Elle ne se limite pas à la direction de nos actions, mais peut ordonner vers un même but, des actions multiples. . Mais la fin ne justifie pas les moyens ; il existe des actes intrinsèquement mauvais. De ce fait on ne saurait légitimer la condamnation d’un innocent pour sauver le peuple (cf. CEC, n° 1752-1753).

 

c. Les circonstances et les conséquences

            Elles sont des éléments secondaires d’un acte moral. Elles portent sur la quantité (le montant d’un vol), le lieu (public ou privé), le temps, la manière, la cause finale (en vue de quoi) , le moyen utilisé, etc. Elles contribuent, d’une part à aggraver ou à diminuer la qualité morale de l’acte posé, et, d’autre part, à atténuer ou à augmenter la responsabilité de l’agent. Mais elles ne modifient pas en soi la qualité morale des actes humains, elles ne peuvent rendre ni bonne ni juste une action mauvaise en elle-même.

 

B. Conditions d’imputabilité de l’acte humain

 

1. Les conditions subjectives (liées à la personne)

Ce sont des critères indispensables pour rendre un homme responsable ou non de ses actes.

 

a. La raison ou élément cognitif : il s’agit de l’intervention  de la raison humaine dans le comportement humain. Là où il n’y a pas de connaissance de bien on ne peut parler ni de liberté humaine ni de responsabilité. L’on a donc besoin de connaître les valeurs (le bien, le vrai, le bon) afin d’agir librement, car la liberté morale suppose la connaissance rationnelle du bien. Cet élément cognitif comprend l’advertance, la délibération et la maîtrise (contrôle de l’action).

 

b. La volonté (personnelle) : élément essentiel de l’acte humain, elle détermine le consentement de l’individu. Elle est intégrée dans de la personne humaine. C’est pourquoi elle exprime la totalité de l’action humaine (dimension affective, intellectuelle et exécutive) d’une perspective d’engagement et de responsabilité. Quelques facteurs peuvent modifier son imputabilité :

- la convoitise qui est le désir immodéré d’une chose. Captivante, elle trouble l’âme et aveugle la raison.

- La crainte qui diminue l’imputabilité de l’acte. Elle l’annule, si cet acte suppose une entière liberté (consentement matrimonial).

- La violence qui est une pression psychique, physique ou verbale exercée sur une personne. Dans certains cas, elle annule l’exercice de la liberté et de la volonté. L’acte ainsi posé n’est pas moralement imputable à son auteur.

 

c. La liberté : elle s’enracine dans la raison et la volonté. Permettant à l’homme de choisir et d’agir délibérément, elle le rend responsable de ses actes. Les passions et les habitudes déterminent l’indépendance et l’autonomie du libre arbitre, cette faculté qu’a l’homme de se déterminer par la raison et la volonté.

- Les passions : ou sentiments, désignent les émotions ou mouvements de la sensibilité, qui inclinent à agir ou à ne pas agir en vue de ce qui est ressenti ou imaginé comme bon ou mauvais. Les passions, en elles-mêmes, ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles ne reçoivent de justification morale que dans la mesure où elles relèvent effectivement de la raison et de la volonté. Les passions peuvent être assumées dans les vertus ou être perverties dans les vices.

- Les habitudes : ce sont des dispositions stables (acquises par des actes inlassablement répétés ou infuses- la vertu ou la grâce qui développent le pouvoir de nos facultés et nous rendent capables :

Des actions de qualité (cf. les bons habitus = vertu) ;

Des actions qui diminuent l’engagement moral (l’habitus mauvais = vices)

- Les vertus : dispositions fermes et habituelles à faire le bien.

- Les vices : dispositions habituelles et fermes à faire le mal. C dispositions perverses obscurcissent la conscience et corrompt l’appréciation concrète du bien et du mal. Les vices peuvent être rangés d’après les vertus qu’ils contrarient ou rattachés aux péchés capitaux (orgueil, l’avarice, l’envie, la colère, l’impureté, la gourmandise, la paresse ou l’acédie) car ils engendrent d’autres vices, d’autres péchés.

 

d. Les maladies mentales : portant atteinte au bon fonctionnement des activités de l’esprit et de la volonté, elles enlèvent toute imputabilité des actions morales aux patients mentaux, dans la mesure où ils n’ont plus le plein usage de la liberté. Mais cette imputabilité morale de l’acte va en proportion de la diminution de la liberté et de la raison. A ce propos, la psychose, trouble grave qui transforme l’ensemble de la personnalité vers un type morbide, enlève en grande partie la responsabilité car tout l’exercice de la liberté qui est perturbé. La névrose par contre, qui est un trouble psychique moins grave ne touchant que partiellement la personnalité, enlève partiellement la responsabilité dans le secteur qu’elle affecte.

 

2. Les conditions objectives (liées à l’acte lui-même)

            L’objet spécifie et qualifie moralement l’acte humain. Ainsi donc la moralité de acte humain dépend avant tout fondamentalement de l’objet raisonnablement choisi par la volonté délibérée. Ainsi l’acte moralement bon, suppose à la fois :

la bonté de l’objet : l’objet du choix peut à lui seul vicier l’ensemble d’un agir. Ex : l’adultère ou la fornication

la bonté de la fin : une fin mauvaise corrompt l’action, même si l’objet est bon en soi. Ex : faire l’aumône par pure vanité.

            Il est donc erroné de juger de la moralité des actes humains en ne considérant que l’intention qui les inspire ou des circonstances. Tout acte directement voulu est imputable à son auteur. C’est le principe du volontaire ne cause. Toutefois, pour que le volontaire soit imputé dans la cause il faut que l’effet mauvais soit suffisamment prévu, que la cause soit volontairement admise et qu’il existe une liaison causale (physique ou morale) entre cause et effet.

            Par ailleurs, l’effet mauvais n’est pas imputable s’il n’a été voulu ni comme fin ni comme moyen de l’action. Par exemple la mort reçue en portant secours à une personne en danger. Pour que l’effet mauvais soit imputable, il faut qu’il soit prévisible et que celui qui agit ait la possibilité de l’éviter, par exemple le cas d’un homicide commis par un conducteur en état d’ivresse. (CEC, n° 1737)C’est ce qu’on appelle la règle de la cause à double effet.

            Pour conclure, l’imputabilité et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées, voire supprimées par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et autres facteurs psychiques et sociaux. (cf. CEC, n° 1735)

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Mercredi 23 avril 2008 3 23 /04 /2008 13:17

         I.    Composition et théologie des livres d’Isaïe, de Jérémie et  d’Ezéchiel[1]

Nous l’avons souligné : il y a comme un lien qui unit ces trois prophètes. On retrouve davantage chez eux des symboles très forts de message. Leur vie constitue leur message. Ils sont appelés ‘‘les grands prophètes’’ parmi les prophètes. Bref, découvrons-les dans leurs œuvres et dans leurs messages théologiques.

 

1.    Le livre d’Isaïe

Né vers 765 de Amos, Isaïe Yesha’yahu (Dieu sauve) est judéen. Il a une prophétesse comme femme et deux enfants (Is7, 3 ; 8, 1-3). Son ministère se situe entre 740 et 700 avant JC. Et selon He11, 37, il serait mort martyr sous Manassé.

a.    Composition du Livre d’Isaïe

Si à la base de l’œuvre se trouve le prophète en personne, il est à noter que cette œuvre a été travaillée et même complétée par des disciples ou des rédacteurs, fidèles interprètes du prophète. Ainsi, il ressort ce qui suit :

-Le Proto-Isaïe (1 – 39) communément attribué au prophète lui-même (VIII°S. avt JC)

1-12 : collection d’oracles, œuvre d’Isaïe lui-même.

13 - 23 : suite de menaces adressées aux nations païennes dont certaines sont du prophète.

24 - 27 : texte curieux mi-liturgique, mi-eschatologique, appelé souvent « la grande apocalypse »

28-33 : déclarations contre Samarie et Jérusalem, dont une grande partie revient au prophète.

34 -35 : des oracles postexiliques, groupes sous le titre « la petite apocalypse »

36 - 39 : un appendice historique des disciples du prophète dont on retrouve des traces en 2R18 – 20.

-Le Deutero-Isaïe (40 – 55) (VI°S. avt JC)

Cette partie du Livre d’Isaïe serait ajoutée par un prophète anonyme qui a connu l’exil, vu son contenu (consolation : 40, 1-11 ; délivrance de captivité : 40, 12 – 48, 22) ; résurrection de Sion : 49 – 55).

 

-Le Trito-Isaïe (56 – 66)

Ce livre serait l’œuvre d’un ou de plusieurs rédacteurs postexiliques. Dieu se manifeste avec retard (65 – 66) et le peuple doit se régénérer (57, 1-5 ; 59, 1-14 ; 58, 1-12…)

b.    La théologie du livre d’Isaïe

C’aurait été intéressant de parcourir la théologie dans la logique des trois livrets qui composent l’œuvre d’Isaïe, mais sauvegarder l’unité visible de prime abord permet de ressortir une théologie de l’ensemble de l’œuvre. « le message du livre est très riche : sainteté de Dieu ; royauté de Dieu ; obligation pour le peuple choisi d’avoir une foi vive, agissante ; annonce de la venue du Roi-Messie [l’Emmanuel] avec Jérusalem comme centre de son Royaume »[2].

La sainteté de Dieu : Yahvé Dieu d’Israël est un Dieu roi, transcendant, puissant, mais surtout saint. Sa sainteté est telle qu’elle exige du juif la pureté, la fidélité, la justice et la piété (6, 3-5).

La foi et le monothéisme intégral : pas de vie sans foi chez Isaïe (7, 9) et seul Dieu peut sauver, quelque soit la situation (8, 13 ; 28, 16 ; 30, 15). Au milieu de toutes les tendances païennes qui promeuvent l’idolâtrie de tout genre, le prophète affirme l’unicité de Dieu (40, 18. 25 ; 43, 10-13…)

Le serviteur souffrant : c’est un personnage très spécial. Il prend sur lui les péchés du peuple pour le sauver. A cause de sa justice, il est justifié par Dieu lui-même (42, 1-9 ; 49, 1-9 ; 50, 4-11 ; 52, 13 – 53, 12).

Le messie : il est identifié à l’Emmanuel « Dieu avec les hommes ». C’est un descendant de David qui fera advenir la justice, le droit et la paix véritable (2, 1-5 ; 7, 10-17 ; 9, 1-16 ; 28, 16-17).

L’eschatologie : Le salut que Yahvé réserve à son peuple est proche (56, 1) mais c’est le peuple qui retarde l’échéance de ce salut par ses injustices (57, 1-5). Mais Yahvé viendra  et ce sera le salut pour les pauvres.

Yahvé le Dieu unique est un Dieu Puissant et Saint. Israël doit avoir une foi vive en ce Dieu unique afin de mieux se disposer à accueillir le salut qui adviendra par l’Emmanuel, un salut qui atteindra les autres peuples.

2.    Le livre de Jérémie

Né vers 650, Jérémie « Yahvé exalte », fils d’Hilquiyyahu est originaire de Anatot et a vécu dans le célibat (15, 17). Il serait mort dans un exil forcé en Egypte.

a.    Composition du livre de Jérémie

Le livre s’est formé en plusieurs étapes.

Un premier rouleau (605-604) qui contient des oracles du temps de Josias (1, 4 – 6. 30) et de Joiaqim. Ce serait l’œuvre du prophète en personne (7 – 20 ; 25 – 49, 33 ; sauf 46, 13-28). Le chapitre 36 précise aux vv21-23 qu’un premier rouleau a été brûlé et aux vv27-28.32, il est question d’un deuxième rouleau. Et c’est peut-être ce deuxième rouleau que le prophète a laissé à ses disciples dont Baruch (36, 32) est le plus connu.

Compléments au rouleau : Baruch serait la personne qui a le plus travaillé à ajouter ces compléments dont il est question. Il y a des oracles et des menaces écrits après 605-604 (10, 17-22 ; 12, 7-14 ; 13, 12-19) ; deux livres contre les rois et contre les prophètes (21, 11 – 23, 8 ; 23, 9-40). Des confessions (11, 18 – 12, 6 ; 15, 10-12).

La biographie de Jérémie, probablement rédigée par Baruch. La suite chronologique de cette biographie est la suivante : 19, 2 – 20, 6 ; 26 ; 28 – 29 ; 34, 8-22 ; 36 ; 37 – 40 ; 45 ; 51, 59-64.

L’édition exilique : c’est à Baruch dans la communauté des exilés que l’on doit placer le travail définitif qui aboutit à notre livre actuel. Certains textes furent retouchés en fonction de la situation nouvelle : réconfort aux exilés (27 – 29) ; consolation de Juda associé à Israël (30 – 33). Vers la fin de l’exil, un rédacteur donna au livre de Jérémie sa forme définitive.

b.    La théologie du livre de Jérémie

La nouvelle alliance se caractérise par trois points clefs : l’initiative divine du pardon (31, 34) ; la responsabilité et la rétribution personnelles (31, 39) ; et l’intériorité de la relation personnelle avec Dieu.

L’effet purificateur de la souffrance. Le progrès spirituel de Jérémie se lit dans ses confessions. Il se sent accablé par le fardeau et les exigences humainement intolérables de sa tâche prophétique apparemment vouées à l’échec (1, 6 ; 17, 16 ; 20, 7-9). Paradoxalement, ces souffrances lui valurent une obéissance et une fidélité lucide à sa conversion et à sa mission prophétique.

La conversion est le thème central de la prédication de Jérémie. Le péché rompt l’amitié entre Dieu et l’homme (4, 4 ; 18, 12). Et la conversion, revirement intérieur vers Dieu, source d’eau vive, doit être totale (2 – 3).

L’espérance. Jérémie ne fait pas qu’arracher, démolir, renverser et exterminer ; il bâtit et plante aussi (1, 10). Jérémie est le premier à utiliser le terme « pauvre de Yahvé ». et les textes relatifs au « petit reste » (13, 23 ; 23, 3), au « germe de David » (Le Messie) (23, 5 ; 33, 15) et à l’alliance nouvelle (31, 31-34), sont porteurs d’espérance.

La parole de Dieu. Le grand acteur du livre de Jérémie est sans doute la Parole de Dieu qui s’impose au prophète. Elle est efficace et triomphe de toutes les oppositions (26 ; 36). La vie de Jérémie elle-même, son célibat… sont un signe fort du message que Dieu lance à son peuple.

La Parole de Dieu est vivante. Face aux péchés du peuple, la conversion s’avère nécessaire et la souffrance a un effet purificateur. La grande espérance du prophète est que l’ancienne alliance s’en ira pour faire place à une alliance éternelle dont les racines seront dans le cœur même de l’homme.

 

3.    Le livre d’Ezéchiel

Prêtre et prophète (1, 1-2), Ezéchiel (Que Dieu rende fort), fils de Buzi voit la fin de Jérusalem. Il fait partie également des premiers exilés à Babylone en 597 et est veuf (24, 1).

a.    La composition du livre d’Ezéchiel

Le stade des pièces détachées. Il faut dire qu’Ezéchiel n’était pas scribe. Cependant, il a mis par écrit lui-même, ses œuvres prophétiques (extases, actions symboliques et Paroles de Yahvé). Ces écrits constituent la partie la plus importante de l’œuvre. Orateur et écrivain à la fois, on constate que certains écrits sont rédigés avant le prêche (1 – 3, 15 ; 33, 1-6. 10-20) et d’autres sont rédigés après le prêche (16, 1-43 ; 18, 1-20 ; 13, 1-27 ; 36, 16-38). Etant écrivain, on peut constater des recharges, des correctifs et des relectures de ses propres œuvres.

Le stade des recueils. Les matériaux ont été regroupés selon leur origine, leur contenu apparenté, ou autour des mots crochets : épée (6) ou idole (21). Des séquences ont été rompues, des morceaux de dates différentes ont été rapprochés ; des prophéties de bonheur ont été juxtaposées à des oracles menaçants, des gloses ont été ajoutées (11, 14-21 ; 16, 22-24). Il est généralement admis que le prophète a joué un certain rôle dans la constitution de ces recueils.

b.    La théologie du livre d’Ezéchiel

Transcendance et miséricorde de Dieu. La transcendance de Dieu ressort dans l’omniprésence, l’omnipotence et l’omniscience de Dieu contenues dans la métaphore « Fils d’homme », dans la vision inaugurale du prophète, dans la dénonciation du péché d’orgueil et dans l’expression étendue sur l’honneur du nom de Yahvé qui sauve son peuple pour l’honneur de son nom (20) et pour la honte et la confusion d’Israël (16, 63). Et l’alliance ancienne est remplacée par une alliance éternelle (16, 60 ; 37, 26+).

La responsabilité individuelle dans le péché. L’ancienne conception selon laquelle les enfants partagent le châtiment de leurs pères (18, 2+), donne place au principe de rétribution personnelle (18, 4). Cependant, le salut est un don gratuit de Dieu.

Le renouvellement intérieur. La responsabilité individuelle dans le péché appelle de lui-même la conversion individuelle. Il est important pour l’homme de se convertir permanemment. Car le bien d’antan n’a de valeur devant le péché d’aujourd’hui et le mal d’antan trouve son pardon dans le pardon d’aujourd’hui également (18, 21-24 ; 33, 3). Mieux vaut alors se convertir continuellement pour avoir un coeur nouveau et un esprit nouveau (18, 31) car Dieu lui-même donnera un cœur nouveau, un cœur de chair (11, 19 ; 36, 26). La théologie de la grâce commence à jeter ses bases là !

La réaction de Dieu est juste, vu le péché du peuple. Chacun est coupable et responsable de ses péchés. Cependant, Dieu justifiera son peuple en le ressuscitant.

                                                                                                      

Conclusion

 

De nos jours, on ne pourrait parler d’Israël sans parler de ses prophètes. Avec courage et conviction, ceux-ci n’ont ménagé aucun effort à témoigner de Dieu et à livrer son message aux hommes de leur temps. Ils touchent sans exception à la vie morale, politique, sociale et religieuse du peuple. Fidèles à leurs fonctions devant Dieu et le peuple, ils ont permis à Israël d’avoir une crainte de Dieu et ils ont préparé les cœurs à mieux accueillir le Messie qui s’est révélé dans la personne du Christ. Bien que Jésus soit venu clore tout prophétisme parce qu’il n’existe pas de messager de Dieu plus que sa Parole faite chair, le message des prophètes interpelle encore aujourd’hui notre monde pour que nous nous maintenions  dans une foi réelle et dans une intimité sincère avec Dieu. Par eux nous pouvons mieux entendre la Parole de Dieu. Encore faut-il que nous leur prêtions une oreille attentive !



[1] Pour cette partie, nous nous sommes servi de la thèse n°3 de l’année passée et nous l’avons complété avec Le Cours polycopié sur les prophètes de l’Abbé Jean-Marie SAWADOGO

 

[2] J. DHEILY, La Bible pour notre temps, Mame, Paris, 1970, p.487.

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Mardi 22 avril 2008 2 22 /04 /2008 00:15

         I.    Fonction et message des prophètes

Beaucoup de choses peuvent être dites sur les prophètes. Pour ce qui nous concerne ici, il s’agit de donner les grands traits de la fonction et du message des prophètes.

Mais avant d’aborder ces deux aspects à proprement parler, jetons un regard sur les genres littéraires des prophètes.

 

 

 

1.    Genres littéraires des prophètes

 

-On distingue deux grands genres littéraires chez les prophètes : ce sont les Récits, et les Oracles.

Les récits : dans ce genre, on peut distinguer les récits biographiques et les récits autobiographiques, les anecdotes et les récits de vocation.

Les Oracles : ce sont des déclarations solennelles au nom de Yahvé pour  annoncer un évènement triste ou joyeux qui est imminent. On a les oracles de jugement contre un individu ou une nation ; les oracles de salut…

 

-Il y a aussi des genres mineurs tels les lamentations (Jr2, 31+) ; les eschatologies (Is24 – 27) ; les confessions (Jr11,18+), les liturgies (Is24 – 27) ; les hymnes (Is44 ; 45)…

 

2.    Fonction des prophètes

Trois éléments essentiels constitueront ce point, à savoir la fonction d’ambassadeur, celle de médiateur et enfin celle de conscience du peuple.

a.    Définition

La définition du nom «  prophète », pour qu’elle soit bonne, doit venir des termes utilisés dès le début du phénomène. Ainsi, prophète vient du mot hébreu ‘‘Nabi’’ (dont la traduction diffère selon les écoles)(1R13, 18). Il est dit aussi « homme de Dieu » (1R13) ; ou gardien du peuple (Ne2, 1), ou encore guetteur (Os9, 8) ou encore visionnaire (1S9, 9)…

b.    Le prophète comme ambassadeur de Dieu au sein d’Israël

Le prophète est très conscient que la parole qu’il dit n’est pas la sienne même si elle sort de sa bouche (Am1, 1-2). Il sait et s’exprime à la fois en signe et symbole parce qu’instrument dont Dieu se sert au milieu de son peuple. Plus fort encore, il est la « bouche de Dieu » qui parle à son peuple en tout temps, à cœur ou à contrecœur (Jr1, 7-10). Lui-même est souvent déçu de ce qui se passe puisque Dieu n’agit pas toujours en suivant sa parole (l’exemple de Jonas est patent). Le prophète est donc le représentant  authentique de Dieu dans le peuple d’Israël. Il redresse, corrige, rectifie, étonne etc. Mais il console aussi de la part de Dieu. Mieux encore, il dit le vrai visage de Dieu, un Dieu qui n’aime jamais les injustices et les infidélités mais aussi très doux et miséricordieux.

 

c.    Le prophète comme médiateur entre Dieu et son peuple

Comme nous venons de le préciser ci-dessus, le prophète rappelle l’alliance que Dieu a scellée avec Israël et il exige le respect de cette alliance en fustigeant toute idolâtrie et toute infidélité à Dieu. En même temps qu’il dit au peuple la parole qu’il reçoit de Dieu, en même temps il porte à Dieu les désirs du peuple. Car il est le « Shomer » (gardien du peuple). Il veille sur la loi et les commandements. Il s’affiche contre toute immoralité, tout manquement religieux et toute injustice politique. Il est le pont qui relie le peuple à son Dieu parce qu’il connaît la volonté de Dieu et les actions du peuple. Il sait ce qui plaît à Dieu et l’exige vis-à-vis du peuple de sorte que le lien établi à l’alliance ne soit pas rompu par les manquements du peuple.

 

d.    Le prophète comme conscience du peuple d’Israël

Le prophète par sa présence interroge perpétuellement les individus et le peuple entier. Il pose question aux dirigeants et aux chefs religieux. Il inquiète les faux prophètes et suscite la conduite qui convient. Il fait appel au passé pour interpréter le présent. Il prédit l’avenir pour corriger le présent. En tout temps, sa présence ne laisse personne indifférent. Il est comme la conscience des individus et celle du peuple : il présente la condamnation à ceux qui vivent dans la débauche afin d’obtenir une meilleure façon de vivre.

Il est l’assurance des fidèles de Yahvé. C’est lui qui défend leur cause et leur donne la meilleure connaissance de Dieu. En cela, son rôle est un rôle de guide et d’éclaireur. Il est le ‘‘Shomer’ c'est-à-dire ‘‘le gardien du peuple’’ et il est le ‘‘Tsopheh’‘ c'est-à-dire le ‘‘guetteur’’.

 

3.    Message des prophètes[1]

Le message des prophètes touche plusieurs points de la vie du peuple d’Israël. Nous retiendrons trois moments, à savoir la dimension sociale et politique du message, la dimension religieuse et la dimension corrélative Vie-Message.

a.    Dimension sociale et politique

Comme dit auparavant, le prophète est ambassadeur et intermédiaire entre le peuple et Dieu. Ce qui sort de sa bouche vient de lui sans être de lui. Son message consiste avant tout à la défense de l’Alliance et de la tradition.

A cette principale tâche s’ajoute la dimension sociale du message. Le prophète condamne la maltraitance et les injustices envers les pauvres, les veuves, les orphelins et les étrangers (Am2, 6). Il n’hésite donc pas à montrer l’insouciance des riches opulents (Am3, 2). Il accuse alors tous ceux qui sont responsables de la loi parce que ceux-ci ne l’appliquent pas avec équité quand ils ne donnent pas faveur aux démunis et aux faibles.

Le prophète s’évertue à montrer aux autorités politiques que seul Dieu est suprême et est digne d’honneur. Il condamne tous les abus de pouvoir sans hésitation aucune (1R21, 17-22).

b.    Dimension religieuse

La première tâche du prophète dans cette dimension religieuse est la défense du vrai culte.

Il affirme l’Unicité de Dieu (Shema Yisraël, Adoshem elekenou, Adonaï Ehad : écoute Israël, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est Un) Dt6, 4 ; cette idée est également présente en Is46, 1-13 ; 44, 6-8. Le prophète combat donc toute prostitution du peuple quand celui-ci s’éloigne de son Dieu par détournement ou par le syncrétisme (Os2, 7-15 ; 10, 13). Il encourage à demeurer dans la fidélité à Dieu qui est un Dieu jaloux (Ez39, 25).

En même temps qu’il parle du Dieu d’Israël, en même temps il révèle que ce même Dieu est universel : c’est l’élection d’Israël et en même temps l’universalité qui est exprimée (Jr5, 19 ; Is2, 2-4). Si Israël a été infidèle de plusieurs manières, un petit reste demeurera fidèle  et par ce « petit reste », le salut atteindra tout l’univers (Is4, 3+).

c.    Vie-Message ou actions symboliques

Ce qui est très fort à constater dans le message des prophètes, c’est que bien des fois, le message se transmet de façon très pertinente à travers la vie du prophète. Message et vie sont tout à fait conformes pour celui qui est envoyé par Dieu. Le message s’incarne dans la vie du prophète et porte ainsi plus loin. Isaïe et ses deux fils seront des signes pour le peuple (Is8, 18). Osée épouse une prostituée pour montrer la grande affection que Dieu a pour son peuple infidèle (Os1 – 3). Quant à Jérémie, c’est plutôt son célibat qui parle (Jr16, 1-9). Ezéchiel, lui, enseigne par son veuvage (Ez24, 15-17).

Ces actions symboles ne sont pas imaginés :

 - Dieu donne l’ordre d’agir, de poser tel geste

 - Le prophète accomplit cet ordre

 - Et il interprète le symbole (Is20, 2-4 ; Os1. 3. ; Jr13, 1-11…)

Enfin, le message des prophètes laisse entrevoir un règne futur qui serait parfait. Il y a une ouverture sur la réalisation de la promesse divine : la venue du Messie prêtre, prophète et sauveur (Is52, 13-53).



[1] Nous nous sommes inspirés du Vocabulaire de Théologie Biblique, article « prophètes » où vous trouverez des notes intéressantes.

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