La Vérité vous rendra libres!

Prière pour mes internautes

Pour vous mes chers amis :


Dieu notre bon Père, je te demande de bénir mes ami(e)s, parents, frères et soeurs, mes collaborateurs et tous ceux et celles qui lisent ceci maintenant.
Montre-leur une nouvelle révélation de ton Amour et de ton Pouvoir. Ainsi
soit-il !

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Théologie

Mercredi 2 juillet 2008 3 02 /07 /2008 18:16

II. Restauration de la vérité sur la mort et la vie : 11—12,36 :

 

Nous avons déjà noté la progression dramatique qui caractérise le récit évangélique de Jean. Avec les ch. 11 et 12, « l’action est arrivée à son apogée » (Harrington). En ressuscitant Lazare de Béthanie, son ami, Jésus a signé son arrêt de mort. Ce dernier signe est en effet celui qui décide les autorités juives à décréter sa mise à mort. Dès lors, virtuellement condamné, Jésus n’est plus qu’en sursis. Cependant, dominant la perspective de sa mort de toute la hauteur de son être divin, Jésus va poursuivre et parachever son œuvre de révélation de la vérité. C’est précisément sur la réalité de la mort –réalité ô combien angoissante et aliénante pour l’homme, le juif comme le grec- que va porter cette ultime révélation. Ainsi,  Jn 11,1−12,36 peut se résumer en trois formules-clés : 1) vaincre la mort ou le signe de la résurrection de Lazare ; 2) vivre sa mort ou l’épisode de l’onction de Béthanie ; 3) mourir sa vie ou la parabole du grain de blé qu’on dépose en terre, promesse d’une abondante moisson.

 

II.1 Restauration de la vérité sur la mort et la vie pour ‘les juifs d’abord’ (11,1−12,11)

 

Cet ensemble se divise en deux parties d’inégale longueur :

 

II.1.1 La résurrection de Lazare : les préliminaires et les conséquences : 11,1-57

 

Cette première partie se subdivise en 4 épisodes :

-Avant l’arrivée de Jésus à Béthanie : l’entretien avec les disciples (11,1-16)

Dans l’entretien qu’il a avec ses disciples en apprenant la nouvelle de la maladie de Lazare, Jésus éclaire le mystère de la mort. Il la présente d’abord comme un moment de ténèbres, une sombre nuit où les hommes trébuchent. Il dissipe cette ténèbre en se présentant en particulier aux disciples comme la lumière (v.9). Face à la mort, c’est avec lui qu’il faut rester, lui qu’il faut regarder, imiter pour trouver la force de tenir. Jésus démythifie ensuite la mort en la considérant comme un sommeil qui prépare un réveil pour une vie nouvelle. Elle est donc un passage nécessaire, un chemin qu’on peut parcourir avec joie dès lors que Jésus est présent. C’est cela qui explique que Jésus trouve un motif de se réjouir dans le fait que Lazare ait emprunté ce chemin. Avec lui, le chemin de la mort ne sera pas sans issue pour l’homme de Béthanie, lequel deviendra le symbole de la victoire de Jésus sur la mort, pour lui-même et pour tous ses amis. Pour lui, mourir, c’est entrer dans la vie ; les douleurs de la mort ne sont que douleurs d’un enfantement (cf Rm). Ainsi, la peur de la mort est déjà conjurée dans l’esprit des disciples ; la mort cesse d’être une réalité obsédante et aliénante (cf Hb). Jésus devra revenir de nouveau sur cette révélation pour l’enraciner solidement dans le cœur des siens.

-Quand Jésus arrive à Béthanie : l’entretien avec les sœurs de Lazare (11,17-33)

En prenant courageusement la route pour Béthanie, les apôtres de Jésus s’engagent avec lui sur un chemin qui les conduit à la nuit de la foi.

Cette foi, expression de leur confiance en la puissance du cœur de Jésus est ce qui caractérise les deux sœurs de Lazare, Marthe et Marie.

Dans l’entretien avec l’une et l’autre, Jésus aide les deux femmes à épanouir leur foi en allant jusqu’à espérer qu’avec lui la victoire sur la mort est immédiatement possible, contrairement à ce que tous croient.

Jésus révèle à ses deux amies et avec elles à tous des disciples qu’il n’est pas seulement celui qui reçoit une fois ou l’autre de son père le pouvoir de ressusciter et d’épanouir la vie (on pense à la résurrection de la fille de Jaïre, du fils unique de la veuve de Naïm que Jean n’ignore pas même s’il ne les mentionne pas) ; il est celui dont la vie est de ressusciter et de vivifier. Il est venu pour cela. La foi de Marthe atteint alors un sommet qui rend possible l’impossible, car « tout est possible pour celui qui croit.»

Le bouleversement de Marie devant le mystère de la mort et des souffrances qu’elle entraîne est l’occasion pour Jésus de révéler un aspect de son combat victorieux contre la mort. Il ne nie pas et ne minimise pas la mort. Il ne l’affronte pas en stoïcien imperturbable qui essaie de ne rien ressentir. S’étant fait semblable aux hommes en toute chose, il partage leur sentiment d’horreur devant ce fléau. Mais il porte cette infirmité commune aux hommes dans une confiance au Père qui va jusqu’à l’héroïsme. Le secret de la victoire pour Jésus, c’est de ne pas rester sur la peine et le trouble que cause la mort ; il sait que cela n’est qu’une fantasmagorie du démon pour générer la peur et le désespoir qui paralysent. Jésus passe par-dessus cette tentation et se met aux affaires de son Père en vue  de remplir sa mission de résurrection. Ainsi fera-t-il quand l’heure sera venue pour lui de passer…

-Jésus parvient au tombeau : la résurrection de Lazare (11,34-44)

Au cœur de ce passage qui est lui-même le point focal de tout l’épisode se situe l’attitude de Jésus avant l’opération du miracle : il se met en prière. Et cette prière, il la fait, dit-il, à l’intention de ceux qui l’entourent, pour leur faire découvrir une vérité essentielle : Dieu Seul peut vaincre la mort. Ce que Jésus va faire, il ne le fera pas de lui-même (il ne le veut ni ne le peut), c’est le Père qui opérera en lui et par lui. L’autorité de Jésus sur les puissances de la mort lui a été donnée par le Père « afin que tous honorent le fils comme ils honorent le Père » (Jn 5). Si la confiance de Jésus en son Père est le secret de son autorité, cela confirme l’idée que la foi en Dieu, qui rend l’homme solidaire des vues de Dieu et participant à sa puissance, est ce qui rend le croyant vainqueur de la mort. Jésus veut que la résurrection de Lazare soit pour tous les témoins, une étape décisive sur la route de la foi.

-La mort de Jésus est décidée : la conséquence du signe (11,45-54)

Le grand allié de la mort en l’homme, c’est le péché. L’attitude des autorités juives qui décident la mort de Jésus sous le prétexte de garantir ainsi la sécurité de la nation, révèle que ce péché allié de la mort prend souvent la forme de la jalousie. « C’est par la jalousie du démon que la mort est entrée dans le monde ; ils en font l’expérience, ceux qui se rangent dans son camp » (Sg 2, 24).

La révélation qui est faite à travers le récit de la sombre conspiration des juifs, c’est que Dieu ne permettrait pas le mal s’il ne pouvait en tirer un plus grand bien. La réflexion de l’évangéliste dans les vv.51-53 éclaire l’ensemble du passage en montrant comment les desseins de mort des hommes sont convertis en chemin de vie par la sagesse et la puissance de Dieu à l’œuvre en Jésus. La mort est vaincue sur son propre terrain.

 

II.1.2 L’onction de Jésus par Marie de Béthanie : 12,1-11

Le v. 54 du ch.11 montre que Jésus a pleinement conscience de ce qui se trame contre lui et en tire calmement les conséquences. Il se retire comme s’il commençait ainsi à « vivre sa mort ». Il a déjà accepté cette mort. Son retour à Béthanie lui donne l’occasion de jouer jusqu’au bout cette énigme du « vivre sa mort » en acceptant que lui soit appliqué ce qu’il considère comme le rite de son ensevelissement : l’onction d’huile parfumée.

Avec la mention expresse de la pâque, allusion à la propre pâque de Jésus (son passage de ce monde au Père), les traits saillants de la scène sont d’une part le scandale commun aux disciples en face de la prodigalité de Marie, occasion pour Jésus de leur révéler le prix de sa mort, inappréciable en vertu de l’amour qui la motive et du fruit qu’elle va porter ; d’autre part, le fait que le Sanhédrin décide de faire mourir aussi Lazare suggère l’idée que tout disciple de Jésus est comme lui, un « mort en sursis », continuellement livré à la mort à cause de son engagement pour la vie. Mais l’ultime conviction est que la vie triomphera.

 

II.2 Restauration de la vérité sur la mort et la vie pour ‘les Grecs (c’est-à-dire toute l’humanité) ensuite’ (12,12-36)

 

L’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem est l’expression symbolique de son triomphe sur la mort. En pénétrant publiquement dans la ville, Jésus sait qu’il s’est jeté dans la gueule du lion : les chefs, depuis longtemps aux aguets, n’ont plus qu’à le cueillir. Mais s’il entre en roi, humble mais vainqueur, c’est parce qu’il est assuré de sa victoire dont le trophée est constitué, en ses prémices, par ces grecs qui viennent à lui. Ils veulent le « voir », c’est-à-dire, en langage johannique, qu’ils sont prêts à croire en lui.

Ces gentils évoquent dans l’esprit de Jésus la vision de l’humanité entière attirée à lui par sa glorification. Son Heure est enfin venue, l’heure où il va « mourir sa vie », c’est-à-dire la donner librement pour ses brebis, celles d’Israël et celles d’ailleurs.

C’est pour lui l’occasion d’une dernière révélation sur le mystère de la mort et de la vie : pour tout homme, c’est la vérité : ce n’est qu’en se dé-saisissant consciemment, librement de sa vie qu’on la préserve. On ne vainc la mort qu’en l’affrontant lucidement. La mort n’est le chemin de l’échec que si elle est subie ; au contraire, si elle est acceptée (non pas recherchée), elle devient chemin de glorification, c’est-à-dire de fécondité.

 

Conclusion : 12,37-50

 

Dans cette conclusion, l’évangéliste dresse pour les lecteurs comme le bilan de tout l’enseignement public de Jésus et de l’accueil que le monde lui a fait. Tout au long de cette première partie, il s’est montré préoccupé par l’insuccès évident qu’a rencontré la prédication de Jésus auprès des juifs.

Dans les vv. 37-43, il tente une explication de ce mystère de l’incrédulité du peuple en recourant par deux fois à des citations du prophète Isaïe (cf. Is 6,9s ; 53,1). Ce mystère de l’iniquité lui apparaît en dernier ressort s’expliquer par l’injustice humaine. Les hommes sont donc responsables (cf  15,18-25 et aussi Rm 1—3).

Dans les vv. 44-50, Jean reprend les idées maîtresses de l’enseignement de Jésus. Mais au lieu de les exprimer lui-même, il les remet dans la bouche de Jésus, faisant ainsi que le maître résume lui-même son enseignement. C’est là un procédé littéraire familier aux écrivains de l’antiquité (cf. aussi Jn 3,25-30 et Mc 1,14-15 ; Ac 2,40). Ce discours conclusif de Jésus est hors contextes. « Il constitue pour tout homme un appel à la foi et un avertissement solennel » (Les Evangiles)



[1] R. BROWN, Que sait-on du Nouveau Testament ?, 390

Par Abbé Théophile NARE - Publié dans : Théologie - Communauté : Catholique penseur
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Mardi 1 juillet 2008 2 01 /07 /2008 18:13

B- Les œuvres : 5,1— 12,36

 

Pour la structuration de cette section, nous nous laissons guider par les fêtes qui jalonnent la narration (5,  1 ;  6,  4 ;  7,  2 ;  10,  22 ; 11,55) et qui sont pour Jésus autant de lieux d’instauration du culte nouveau à travers un renouvellement-accomplissement de la signification de ces fêtes juives. La division envisagée est renforcée par le retour d’une expression-clé: « Après cela » /  « En ce temps-là » (5, 1 ; 6, 1 ; 7, 1 ; 10,22).

Ces points de repère vont nous permettre de discerner le plan suivant qui divise la section des œuvres en deux sous-sections :

 

I- Restauration du culte sur la base de la foi : les Fêtes (5 —10)

 

I.1 La fête de la Pâque : Jésus renouvelle en la spiritualisant la merveille de l’Exode (5-6)

 

Tous les grands thèmes de la Pâque et de l’exode se retrouvent dans les récits contenus dans ces deux chapitres.

 

I.1.1 La Pâque du paralytique (5,1-47)

-Le miracle : Guérison  du paralytique à la piscine de Béthzatha  (vv.1-15)

L’attention du lecteur est d’abord attirée par la misère de la multitude des malades, ce qui n’est pas sans rappeler la dure servitude des Hébreux en Egypte. Jésus voit cette misère et il connaît la situation du paralytique, exactement comme Dieu avait vu et connu la détresse du peuple esclave de Pharaon. Il n’y a pas jusqu’à l’évocation de l’ange qui descend pour agiter l’eau et procurer la guérison qui ne rappelle les circonstances de la première Pâque, le passage de l’ange, exterminateur pour les Egyptiens, mais sauveur pour les Hébreux. Ici cet ange, c’est Jésus lui-même, qui apporte le salut à l’homme sans espoir.

Le miracle survient au cours d’une fête dont Jean ne nous donne pas le nom, mais il y a tout lieu de penser qu’il s’agit de la Pâque. En tout cas, la guérison, opérée un jour de sabbat, va donner lieu à une discussion rabbinique entre les Juifs et Jésus.

 

-Discours sur l’œuvre du Fils (vv. 16-47)

Les juifs reprochent à Jésus de profaner le sabbat. Jésus réplique qu’en cela il fait comme son Père,  qui œuvre le jour du sabbat tout comme les autres jours, puisqu’il continue ce jour-là de gouverner le monde. Jésus, en faisant le miracle le jour du sabbat et en comparant cette violation du sabbat à l’activité de son Père, ne pouvait manquer d’évoquer dans l’esprit des théologiens juifs l’identité de sa propre activité et de celle de Dieu. 

Ainsi le discours se trouve situé très formellement sur le plan de l’identité d’action du Père et du Fils, qui prouve leur identité de « nature ».

-Conclusion, vv. 39-47 : Jésus est le centre des Ecritures de l’Ancien Testament et le but vers lequel elles convergent. Si les juifs savaient les lire, ils seraient amenés à croire en Jésus en reconnaissant en lui « le prophète comme Moïse » promis dans le deutéronome, le nouveau Moïse. Mais, parce qu’ils ne croient pas, ils se verront condamnés par ce Moïse même en qui ils mettent leur espérance.

 

I.1.2 La Pâque du Pain de vie (6,1-71)

Jn 6 est lui aussi rempli de thèmes évocateurs de la première Pâque et de l’Exode : le thème du pain donné (la manne), le thème du breuvage (l’eau jaillie du rocher), le thème du désert, celui de la traversée de la mer « à pieds secs » au milieu de la nuit et dans une ambiance de peur des disciples, les récriminations contre Jésus et même l’abandon de certains disciples (incrédulité, infidélité et trahison caractéristiques de la génération du désert), la figure de Moïse « libérateur et nourricier »…

Le discours de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm (vv. 22-66) vise à donner aux auditeurs la juste interprétation du signe : l’instauration d’une Pâque nouvelle et d’un Exode nouveau dont il est lui, le principal protagoniste en tant qu’Agneau pascal véritable, Nouveau Moïse, Rocher Nouveau, Véritable Manne… C’est pourquoi il était important de signaler, comme l’a fait Jean, que la scène se passe lors de la Pâque (v.4) : c’est bien « lors de la Pâque, la fête des Juifs », que Jésus instituera l’Eucharistie, Repas de la Pâque nouvelle et éternelle, encore que Jean ne le dise pas ; mais nous le savons par les Synoptiques. Dans son discours, Jésus montre qu’il est Pain et qu’il nourrit, non seulement par son corps et son sang mais encore par sa parole. Nourriture de l’esprit, Il est donc aussi objet de foi (6, 64).

A partir du double miracle qui se prolonge par le discours, on ne peut manquer de relever le parallèle frappant entre Jn 6 et Mt 14, 13-29. 16, 15-29

Jn. 6                                                          

 

Mt. 14                    

5-14      

multiplication des pains

13-21

 

(ce sont les mêmes chiffres)

 

15-21

Jésus marche  sur  les  eaux

22-32

67-69

confession  de  Pierre                     

16, 15-29

 

 

(à Césarée)                                             

 

-Le  miracle de la multiplication des pains (vv. 1-15), repris ici par Jean au bénéfice de sa propre catéchèse, vise à montrer l’aveuglement des Juifs. Ceux-ci n’y voient qu’un miracle messianique, tout au plus, et ils l’interprètent en fonction du messianisme temporel, qui est le leur (vv. 14-15), alors que dans le contexte de la catéchèse johannique, c’est une « œuvre », qui devrait les conduire à l’idée de l’union de Jésus avec le Père.

- Le miracle de la marche  sur  les  eaux (vv. 16-21) quant à lui, prépare en quelque sorte la confession de foi de Pierre faite au nom de ses compagnons (vv. 66-71) . Du moins, le « ego eimi » de Jn 6, 20 consonne avec le « tu es le Saint de Dieu » de 6, 69.        

 

I.2 La fête des Tentes : Jésus se révèle comme la Vie et la Lumière des hommes (7,1— 10,21) 

 

« Or, la fête juive des tentes était proche » (7,2)

Quelle est cette fête que Jean signale comme cadre de l’auto-révélation de Jésus en tant que Vie et Lumière des hommes ?

 La fête des tentes ou plutôt des huttes de branchage, des cabanes, était au temps de Jésus « la fête », « la fête de YHWH ». Un proverbe juif affirmait que « celui qui n’a pas vu cette fête ne sait pas ce qu’est la joie ». C’était la fête de la fin des récoltes, après les vendanges. Il s’agissait de se réjouir pendant une semaine pour les dons de YHWH et de lui demander la pluie pour les récoltes de l’année suivante. Les huttes de branchage, semblables à celles qu’on construisait dans les vignes au moment des récoltes, rappelaient un peu les huttes de branches que les Hébreux avaient construites autrefois au désert, au temps de la misère. Le contraste entre les huttes du désert et les huttes de la fête des récoltes invitait à la reconnaissance envers le Dieu de l’Alliance qui avait donné aux Hébreux les terres de canaan. 

C’est seulement lorsque se calment les esprits surchauffés par la guérison du paralytique de Bethzatha, inacceptable provocation aux yeux des juifs, c’est seulement alors que Jésus revient à Jérusalem. Les discussions  populaires suscitées par sa renommée vont lui donner l’occasion de proposer à tout le peuple un enseignement dans lequel il se révèle comme celui qui accomplit le sens de la fête des Tentes.

La fête des Tentes était le cadre d’une liturgie où le symbolisme de l’eau et de la lumière était frappant. Une procession quotidienne partait de la piscine de Siloé apportait de l’eau au temple pour la libation, et la cour des femmes était éclairée d’immenses torches[1]. L’acte le plus important de cette fête consistait à offrir à Dieu une corbeille pleine de fruits récoltés (cf. Dt 26,2).

La fête juive des tabernacles célébrait donc les dons de Dieu à Israël. Or, le meilleur de ces dons, plus précieux que le lait et le miel, supérieur à la lumière du soleil et à l’eau des sources et fontaines, c’est la Torah, la Loi, véritable source vivifiante et lumière d’Israël. Car tous les autres bienfaits lui viennent par elle.

Dans les vv. 14-36 du ch. 7, Jésus, dans son enseignement, prétend apporter aux hommes un bien supérieur à la loi, une vie et une sagesse meilleures que celles qu’elle leur a apportées. S’appuyant sur la Loi, il s’efforce de convaincre ses auditeurs et adversaires que Moïse lui-même, par qui est venue la Loi, témoigne pour lui, de même que les prophètes dont JB, le dernier en date est le prototype.

Les vv. 37-53 rapportent le sommet de l’enseignement de Jésus au cours des deux derniers jours de la fête où le symbolisme de l’eau et de la lumière est le plus parlant pour les foules qui se rassemblent. S’adressant à ces foules assoiffées de la justice que donne la Loi, Jésus crie la nouvelle : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et que boive celui qui croit en moi » (vv. 37-38). Il promet ainsi, à tous, l’eau vive qu’il proposait à la samaritaine. Puis il s’applique la parole du prophète Zacharie « De son sein couleront des fleuves d’eau vive. » Allusion à l’Esprit qui est la source de sa justice à lui Jésus, et qui sera de même la source de vie, de lumière, de sainteté pour les croyants quand l’Heure aura sonné. Les réactions des auditeurs sont mélangées même si l’incrédulité et l’hostilité (surtout des chefs du peuple) l’emportent sur l’accueil et la foi de quelques-uns. Cependant, grâce aux procédés rabbiniques dont il use avec dextérité, Jésus confond ceux qui le rejettent et démontre que ce faisant, ils s’opposent à la Loi de l’Alliance et deviennent adultères, réduits au rang d’adorateurs de leurs idées et de leur sagesse tout humaines.

Jn 7,53−8,11 relate l’épisode de la femme adultère. L’évangéliste établit ainsi un parallèle entre la femme coupable d’un adultère somme toute banal et les juifs, les adversaires de Jésus, coupables d’un plus grave adultère envers YHWH. Les vrais adultères, ce sont ceux qui sont infidèles à la Loi de l’Alliance. En rejetant Jésus, en refusant d’entrer dans la nouvelle Alliance qu’il propose, en manquant de foi, les juifs commettent le plus grand péché d’adultère qu’il soit possible de commettre. Ils se font ainsi dépasser par les collecteurs d’impôts et les prostituées (cf. Mt 21,31) qu’ils sont prompts à juger et à condamner.

La portion des vv. 12-53 du ch. 8 est dominée par l’idée de jugement. Jésus, en réalité, ne juge ni ne condamne personne. C’est chacun qui, par la décision qu’il prend face à la lumière (il déclare sans ambages « je suis la lumière du monde » cf. 8,12), se juge et encourt ou non la condamnation. La lumière éclaire et vivifie ceux qui la reçoivent, elle les fait marcher dans la liberté et en fait des fils de Dieu ; en revanche, elle aveugle ceux qui la rejettent, ils trébuchent à chaque pas et ils s’en vont périr dans les ténèbres du péché qui est le pire des esclavages. Dans un ton indigné face à leur obstination et à leur dessein homicide, Jésus finit par déclarer à ses adversaires : « vous mourrez dans votre péché » (8,21.24). L’opposition qui ne cesse de monter contre lui signifie que la passion se profile à l’horizon. Jésus l’évoque en parlant de « l’élévation » du Fils de l’homme (8,28). Cette perspective ne l’empêche pas d’affirmer de plus en plus explicitement son identité divine. Il se sert pour cela des mots mystérieux « Je suis » (8,28.58) que ses adversaires comprennent fort bien : Il se fait Dieu ; l’allusion à Ex 3,14 et Is 43,10.13 est à peine voilée.

La guérison de l’aveugle-né et les discussions qui s’ensuivent : Jn 9−10,21

9, 1-12 : Cet aveugle représente l’ensemble des juifs aveugles de naissance. La circoncision est leur vraie naissance dans le peuple de Dieu ; elle les conduira à un attachement exclusif à la loi. Cette surévaluation de la loi de Moïse les a rendus inattentifs à Jésus, le don de Dieu. La circoncision a fait de beaucoup de juifs de véritables aveugles de naissance, parce qu’elle s’est arrêtée à la chair et n’a pas atteint l’esprit et le cœur. L’œuvre que Jésus accomplit en guérissant l’aveugle est le signe qu’il est celui qui porte la Loi de la circoncision à son plein accomplissement. Son enseignement, s’il est reçu, va opérer la circoncision intérieure que la Loi mosaïque ne pouvait réaliser. Le bain d’eau à la piscine de Siloé (l’envoyé) accompagnée de la parole d’autorité de Jésus, le  véritable envoyé, symbolise le baptême nouveau, administré dans l’eau et l’Esprit, et qui seul peut délivrer l’homme de la cécité spirituelle. Ainsi, en envoyant l’aveugle à la piscine de Siloé, Jésus montre le lien absolu qui existe entre la découverte de la vérité entière sur sa personne et la purification du cœur. On ne peut voir l’intimité de Jésus avec le Père, dans l’Esprit, avec des yeux souillés par le péché. Seul un cœur purifié par l’eau du baptême de l’envoyé peut devenir voyant.

Les vv. 13-41 décrivent  le parcours qu’a effectué l’aveugle avant de « voir » le Fils de l’homme pour aussitôt se prosterner devant lui (vv. 35-37). Se prosterner devant celui qu’il considère comme son maître est pour cet homme le point de départ d’une nouvelle vie. Quant aux pharisiens qui méconnaissent Jésus et le rejettent (en excommuniant le miraculé), ils restent dans leur aveuglement et leur péché demeure (v.41). Encore une fois, la lumière illumine les cœurs droits, mais elle aveugle les incrédules (v. 39)

En 10,1-21, le discours de Jésus se sert de comparaisons diverses, celles du berger et de la porte, pour dénoncer et démasquer cet aveuglement des chefs juifs pour qui l’enseignement de la Torah, loin d’être un service de la vie, est devenu un simple gagne-pain et une promotion. L’arrière-fond du discours est constitué des oracles du prophète Ezéchiel (cf. Ez 34,11-16 ; 23). Parce qu’ils sont fermés à son langage qui est celui de Dieu, Jésus traite les maîtres d’Israël d’« étrangers » ; ils se prétendent bergers, mais les brebis leur importent peu et ils ne sont donc que « voleurs, brigands, mercenaires ». Familiers du langage de la Loi, ils se révèlent incapables de comprendre celui de Dieu. Or, l’un ne saurait contredire l’autre, car tous les deux sont en définitive de Dieu. Comme le prophète Ezéchiel, Jésus conclue que les brebis sont retirées aux mauvais bergers. Mais là où, selon le prophète, Dieu prendrait lui-même en charge le soin du troupeau, Jésus s’attribue la prérogative. Il se déclare le propriétaire du troupeau, affirmant de nouveau son identité divine.

Et le troupeau qui est le sien déborde les frontières d’Israël : tous les hommes sont invités à jouir de sa sollicitude pastorale.

 

I.3 La fête de la Dédicace (10,22-39) + (10,40-42)

 

Le discours prononcé lors de la fête de la Dédicace sous le portique de Salomon prolonge le thème du pasteur et de ses brebis avant de revenir à celui des œuvres quand les juifs, exaspérés par la déclaration de son unité avec le Père qu’ils considèrent comme blasphématoire, veulent lapider Jésus. Alors, dans le « plaidoyer rabbinique » de Jésus apparaît une auto-définition en lien avec la fête qu’on célébrait alors, la Dédicace. Une signification nouvelle se trouve, par là même, donnée à la fête.

Et d’abord, qu’était cette fête ?

La fête de la Dédicace, célébrée annuellement, commémorait l’anniversaire de la purification et de la consécration du Temple (et notamment de sa partie centrale, l’Autel) en -165 par Judas Maccabée après les profanations d’Antiochus Epiphane (cf. 1M 4,36-59 ; 2M 10,1-8). Elle avait beaucoup de similitudes avec la fête des Tentes à laquelle elle empruntait son cérémonial (cf. 2M 1,9 ; 10,6).

En se présentant comme « celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde » (10,36), Jésus se substitue au Temple et à l’Autel. Il est le Nouveau Temple et le Nouvel Autel de la Nouvelle Alliance. La fête juive de la Dédicace cède désormais la place à l’accueil dans la foi de celui qui est l’unique lieu de rencontre entre Dieu et son peuple, le seul par qui l’offrande des hommes peut être sanctifiée et donc agréée par Dieu (cf le signe de la purification du Temple :Jn 2,13-22)

Les vv. 40-41 (qui forment inclusion avec 1,28) présentent Jésus traversant le Jourdain où tout avait commencé avec le témoignage rendu par JB. Tout ce que Jésus venait de dire et de faire confirmait ce témoignage du Précurseur. Le baptême dans l’eau et l’Esprit était initié.

 

 

Par Abbé Théophile NARE - Publié dans : Théologie - Communauté : La belle Afrique
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Lundi 30 juin 2008 1 30 /06 /2008 18:10

PREMIERE PARTIE : LE VERBE ACCOMPLIT SA MISSION : 

JESUS INSTAURE UNE NOUVELLE ECONOMIE DU SALUT PAR SES SIGNES ET SES ŒUVRES (2,1—12,36)

 

De la manifestation du Christ à travers les paroles de ceux qui font sa connaissance, l’évangéliste fait passer le lecteur à sa manifestation par ses propres actes : après les témoignages, voici les signes et les œuvres. Toute cette première partie de l’évangile est sous-tendue par l’idée que Jésus met fin, non seulement aux institutions juives, mais aussi à tout l’ordre humain ancien ; mais il ne se contente pas de les supprimer, il y substitue un nouvel ordre de réalités, il les accomplit donc. Le thème de la substitution court à travers les actes et les paroles de Jésus, non seulement dans la section dite des « signes » (Jn 24), mais aussi dans celle des « œuvres » (512,36) que nous examinerons tour à tour.

 

A- Les signes : 2,1— 4,54

 

A juste titre, cette section est intitulée par A. JAUBERT « de Cana à Cana ».  Tout commence en effet par le signe de l’eau changée en vin aux noces de Cana et s’achève par la guérison du fils du fonctionnaire royal, encore à Cana. Dans l’intervalle, le lecteur assiste au signe de la purification du temple à Jérusalem ainsi qu’à deux entretiens de Jésus, le premier avec un notable juif, Nicodème, le second avec une femme de Samarie. Il assiste aussi à la sortie de scène du Baptiste, le plus grand des prophètes.

En faisant attention au symbolisme des choses et des situations évoquées, considérant aussi l’identité des personnages mis en scène, on n’a aucune peine à percevoir comment se développe ici le thème de la substitution. L’alliance, le culte, la prophétie, la loi de sainteté, toutes ces réalités du judaïsme entrent en mutation au contact du Verbe incarné. Il les sauve en les éclairant de sa lumière qui les renouvelle et il invite les hommes à entrer dans ce renouveau par le moyen de la foi en lui. Ce n’est pas seulement Israël qui est convié, mais l’humanité entière, car « le Verbe, en venant dans le monde, est lumière pour tout homme » (cf. 1,9). La section des signes a une perspective sacramentelle indéniable : le baptême et l’eucharistie se profilent constamment à l’horizon du texte.

La section comporte 3 sous-sections que nous allons analyser à présent.

 

 

 

 

1. Le premier signe de Cana ou le renouvellement de l’Alliance avec Israël  (2,1-12)

 

« Ce qui étonne dans le récit des noces de cana, c’est le peu d’importance donné aux mariés. Jean ne les nomme pas, alors qu’il nomme Jésus et « ‘la mère de Jésus’ à deux reprises…L’impression qui domine est que les deux grands personnages de la noce de Cana sont Jésus et Marie » et que cet épisode est une allusion à une réalité massive dans l’AT, la rencontre eschatologique de l’époux divin et de l’Epouse, Israël (cf. Is 54,5).

Ainsi, le vrai mariage, dont le mariage de Cana est le symbole, est la nouvelle Alliance. Jésus profite d’un mariage pour « jouer », dans le style des grands prophètes et des sages d’Israël, une énigme. Elle sera incomprise sur le moment mais deviendra plus tard l’explication de toute son œuvre, à savoir, le renouvellement de l’Alliance entre Dieu et son Peuple.

En effet, c’est le « vin des noces » qui constitue le fait saillant de ces noces de Cana. Or, le vin, abondant et excellent, est le symbole messianique de l’amour de Dieu pour Israël

Le vin remplace l’eau contenue dans les jarres de pierre utilisées pour les purifications rituelles des juifs. Ces urnes vides criaient à leur façon que l’Epouse de Yahvé était profondément souillée et qu’elle avait besoin d’une purification abondante pour retrouver sa joie et sa beauté. Jésus saisit l’occasion pour faire découvrir que l’eau de la purification rituelle sera remplacée par le vin de l’Amour.  Si, dans la première Alliance, la connaissance de l’amour de Yahvé était une richesse, celle-ci restait limitée. Israël avait bu, à l’école des prophètes, un vin d’Amour moins bon que celui qui serait préparé plus tard, au temps de Jésus, quand viendrait « l’Heure », cette « Heure » anticipée par le miracle qu’il accomplit.

Il faut noter qu’à Cana, comme dans tout l’évangile, cette révélation est donnée d’abord aux plus petits. Les disciples et les humbles serviteurs sont les premiers témoins du miracle, et le village de Cana, lui-même, n’est qu’une bourgade pauvre de la Galilée des nations.

Le récit se termine par une notule sur le déplacement de Jésus, de sa mère, de ses frères et de ses disciples à Capharnaüm, suivi d’un bref séjour dans cette ville. L’intérêt de cette mention est de montrer au lecteur comment, sur la base de la foi, Jésus fonde une communauté chrétienne qui élargit sa famille naturelle en y intégrant ses disciples. Cette nouvelle famille ne cessera de grandir par l’accueil de nouveaux membres, les croyants.

 

 

 

2. le signe de la purification du Temple ou le renouvellement du Culte  (2,13-22) + (2,23-25)

 

Après avoir montré (cf. Jn 2,1-12) que Jésus était venu pour une Alliance nouvelle de l’homme avec Dieu incomparablement plus merveilleuse que l’ancienne, l’évangéliste va montrer maintenant au lecteur où se trouve le cœur de cette Alliance nouvelle, quel est le lieu de rencontre du Père des Cieux et de tout homme qui croit.

Le signe de la purification du temple montre que le cœur de la religion n’est plus le Temple de Jérusalem, c’est le cœur filial de Jésus. Le rôle du Temple touche à sa fin. Jésus instaure une nouvelle forme d’adoration, plus haute, plus pure, plus vraie. Elle se fait dans sa personne à lui, Jésus. Il est le nouveau Sanctuaire et l’unique véritable, non bâti de main d’homme, mais donné par Dieu. Jésus, au Temple, ne bouscule pas seulement les hommes et les animaux, il bouscule encore plus les coutumes, les rites de l’ancien culte qu’il remplace par le nouveau : il ne s’agit plus d’offrir à Dieu « des choses », mais de lui donner sa personne avec Jésus, comme Jésus.

Lorsque, plus tard, les prêtres eux-mêmes comprendront cette vérité, ils se convertiront et deviendront, avec les disciples de la première heure, les « pierres vivantes » du nouveau temple, Jésus Christ (cf. Ac 6,7).

En attendant, le poids paralysant de l’opinion, des habitudes et du péché empêche les hommes, même les admirateurs de Jésus, d’adhérer pleinement à la vérité de la révélation nouvelle. Jésus le sait, lui qui « connaît ce qu’il y a en l’homme ».

 

3. Renouvellement de l’Alliance  et du Culte pour l’humanité entière sur la base de la foi (3—4)

 

Nicodème, les disciples de J-B, et plus loin, la femme de Samarie, font partie de ces admirateurs de Jésus  qui, cependant, vivent encore dans le temple ancien. Ils restent hommes et femme de la loi alors que l’heure est venue de passer de la Loi de Moïse à la foi au Fils de Dieu et à la vie dans l’Esprit.

 

3.1 Renouvellement de l’Alliance  et du Culte pour les juifs orthodoxes : Nicodème (3,1-21) + les Baptistes (3,22-30) + (3,31-36)

 

Son entretien nocturne avec Jésus, permettra à ce dernier d’amener progressivement le docteur de la Loi à faire le passage à la foi.

De même que la circoncision introduisait dans le Peuple d’Israël, de même qu’elle permettait aux fils d’Israël de vivre de la Loi, de même la foi en Jésus fait renaître à une vie nouvelle. Le baptême d’eau n’y suffit pas, il faut encore celui de l’Esprit que seul peut donner le Christ. Nicodème découvre la personnalité de Jésus comme étant celle de l’homme qui est né de l’Esprit et dont la vie est sans cesse conçue, pensée, guidée par l’Esprit.

Cette personnalité même de Jésus dit pourquoi il supplante le Baptiste dont la mission était d’agir pour préparer la mission du Verbe incarné, puis de s’effacer devant cette mission. Le témoignage en est mis sur les lèvres mêmes du Baptiste.

 

3.2 Renouvellement de l’Alliance  et du Culte pour les juifs hétérodoxes ou hérétiques (marginaux) : la Samaritaine (4,1-42)

 

L’entretien de Jésus avec la samaritaine reprend ce qui n’était qu’indiqué dans l’entretien avec Nicodème pour en prolonger les aperçus.

Les vv. 1-6 soulignent l’occasion presque accidentelle de cet entretien : le repli tactique de Jésus devant l’irritation prévisible des pharisiens que ses activités, à la suite de celles du Baptiste, agaçaient ; la chaleur et la fatigue qui l’amènent à s’asseoir au bord du puits de Jacob. Ce dernier détail donne bien la vraie note de l’évangéliste. Il est, contrairement à ce qu’on a dit, parfois de lui, celui qui nous montre le mieux le Dieu qui est en Jésus, et en même temps, celui qui marque le mieux son caractère humain. Il exprime parfaitement le mystère de l’incarnation.

Les vv. 7-26 décrivent la « maïeutique spirituelle » dans laquelle s’engage Jésus pour conduire la femme de Samarie à la foi. Les préjugés sociaux, l’aveuglement spirituel, le poids du péché constituent autant d’obstacles que Jésus doit surmonter pour que la Samaritaine accède à la vérité tout entière, à savoir l’établissement d’une nouvelle « économie » du salut où une nouvelle alliance et un nouveau culte « en esprit et en vérité » supplantent  et accomplissent les anciennes dispensations de la grâce, imparfaites et transitoires.

Les vv. 27-42 éclairent le sens de ce qui s’est passé dans cet entretien de Jésus avec la Samaritaine, entretien qui a pris fin au v.26 avec la proclamation messianique. Jésus vient d’accomplir sa mission en se faisant pour la femme « la lumière qui éclaire tout homme » ; il vient d’accomplir ainsi l’œuvre du Père, sa volonté, et il en est comblé. Il invite les disciples à entrer dans la joie de leur maître et à prendre leur part de cette joie en devenant eux aussi missionnaires dans la moisson de Dieu, ce qui suppose le dépassement de leurs préjugés, de leur sagesse humaine. Pour cela, l’exemple leur est donné par les samaritains qui reconnaissent en Jésus « le sauveur du monde », l’invitent à rester avec eux et par Jésus qui accepte de séjourner deux jours dans une ville samaritaine.

3.3 Renouvellement de l’Alliance pour les païens : le second signe de Cana (4,43-54)

 

Après l’escale de deux jours en Samarie, Jésus poursuit la traversée et arrive en Galilée. C’est là qu’il accomplit la guérison du fils d’un officier royal de Capharnaüm, un païen que Jésus loue parce qu’il a déjà accompli le passage de la foi sur signes à la foi en la parole de Jésus. En cela, ce païen se révèle un vrai fils d’Abraham ; il entre pleinement dans la famille de Jésus. Sa foi est ce qui lui obtient la guérison de son enfant, comme celle de Marie, le premier signe de cana.

Ce récit sobre qui conclue la section des signes introduit en même temps celle des œuvres où se trouve soulignée la puissance recréatrice, vivifiante de la parole de Jésus, révélation de son autorité divine : Il a les paroles de la vie.

Par Abbé Théophile NARE - Publié dans : Théologie - Communauté : Libre parole-Libre Information
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Dimanche 29 juin 2008 7 29 /06 /2008 22:20

CHAPITRE I - ETUDE DU QUATRIEME EVANGILE

Depuis que la critique s’exerce sur le quatrième évangile, on ne peut pas dire qu’elle ait dégagé une structure littéraire qui satisfasse tous les spécialistes.[1]

 

I.1 Les Diverses Propositions De Plans : Expose Et Critique

I.1.1 Le plan d’Annie JAUBERT (cf. C.E. 17, p.28)

Annie Jaubert propose un plan en 9 points qu’introduit le Prologue hymnique :

Prologue (1,1-18)

1. Jean-Baptiste présente l’Agneau ; les premiers disciples         (1,19-51)

2. de Cana à Cana (2-4)

Le début des signes : le vin des noces (2, 1-12) ; Qui est l’Epoux ?

La Pâque à Jérusalem : le véritable Temple (2,13-23)

Entretien avec Nicodème : le Fils de l’homme doit être « élevé » (3,1-21)

Jean-baptiste, l’ami de l’Epoux, disparaît devant Jésus (3,22-36)

La samaritaine au puits : « Les adorateurs en esprit et en vérité » (4,1-42)

Deuxième signe de Cana : « Ton fils vit » (4,43-54)

3. Scandales et discours (5-6)

Guérison à la piscine de Bézatha, le jour du sabbat, le Fils fait les œuvres du Père (5,1-47)

Multiplication des pains ; marche sur les eaux ; scandale du pain de vie, confession de Pierre (6,1-71)

4. Grandes controverses (7-10)

La fête des tabernacles et la promesse des fleuves de l’Esprit ; discussions sur l’origine de Jésus (7,1-53)

Discours polémiques (8,12-59)

L’aveugle-né voit ; la Synagogue devient aveugle (9,1-41)

Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Le consacré du Père menacé de lapidation (10,1-42)

5. Jésus monte vers sa mort et sa glorification (11,1-12,50)

Jésus délie Lazare de la mort et échange sa vie pour la sienne (11,1-57)

L’onction de Béthanie : annonce de la sépulture (12,1-8)

Entrée messianique à Jérusalem (12,12-19)

« Si le grain ne meurt » (12,20-36)

Aveuglement des juifs, incrédulité du monde (12,37-50)

6. Le dernier repas et les discours d’adieux (13-17)

7. Récits de la Passion (18-19)

8. Récits de la résurrection (20)

9. Appendice : au bord du lac de Tibériade (21)

 

I.1.2 Le plan de X.-L. DUFOUR[2]

Cet auteur propose un plan en deux parties précédées par le Prologue théologique :

Prologue théologique (1,1-18)

Première partie (1 ,19 – 12)

Prologue historique ; première révélation de la gloire de Jésus (1,19−2,12)

1. Jésus et le temple de Dieu (2,13-22)

2. De la foi sur signes à la foi en la parole de vie (2,23−3,36)

3. De Judée en Galilée (4,1-54)

4. A Cana, épiphanie de la vie (4,46-54)

5. Le Fils de Dieu rend l’homme sain (5,1-47)

6. Le mystère du pain de la vie (6,1-71)

7. La Lumière de la vie (7,1−8,59)

8. Lumière nouvelle et pâturages abondants (9,1−10,21)

9. L’ultime confrontation (10,22-39)

10. Jésus rend la vie à Lazare (10,40−11,54)

11. Avant la dernière Pâque (11,55−12,36)

Epilogue (12,37-50)

 

Deuxième partie : L’heure de la glorification (13−21)

Introduction solennelle (13,1)

1.                Jésus et les siens (13,2-32)

2.                Les adieux de Jésus (13,33−17,26)

3.                La Passion (18−19)

4.                A la rencontre du vivant (20,1-31)

 

Epilogue (21,1-25)

 

I.1.3 La division de R.E. BROWN[3]

BROWN présente un plan bipartite encadré par un Prologue et un Epilogue

Prologue : le parcours du verbe incarné, introduction et résumé (1,1-18)

Première partie : le livre des Signes

-Le verbe se révèle au monde et aux siens, mais ils ne l’acceptent pas

1. Premiers jours de la révélation de Jésus à ses disciples sous divers titres (1,19-2,11)

2. du premier au second miracle de Cana ; thèmes de la substitution et des réactions à Jésus (2-4) : l’eau changée en vin, purification du Temple, Nicodème, la Samaritaine au puits ; guérison du fils d’un fonctionnaire royal.

3. Jeûnes de l’AT et leur remplacement ; thèmes de la vie et de la lumière (5−10)

Sabbat – Jésus, nouveau moïse, remplace le commandement du repos du sabbat (5,1-47)

Pâques – le pain de vie (sagesse « révélatoire » et « eucharistie ») remplace la manne (6,1-71)

Tentes – la Source de l’eau vive et la Lumière du monde remplacent les cérémonies de l’eau et de la lumière (7,1−10,21) ;

Consécration – Jésus est consacré à la place de l’autel du Temple (10,22-42)

 

4. La résurrection de Lazare et ses suites (11−12) : Lazare rendu à la vie, Jésus condamné à mort par le Sanhédrin, la sœur de Lazare oint Jésus en vue de sa mise au tombeau, entrée à Jérusalem, fin du ministère public et avènement de l’heure signalée par l’arrivée des « gentils ».

Deuxième partie : le Livre de la Gloire

-A ceux qui l’acceptent, le Verbe montre sa gloire en retournant vers le Père par sa mort, sa résurrection et son ascension. Pleinement glorifié, il communique l’Esprit de vie.

1. La dernière cène et le dernier discours de Jésus (13−17)

a) La dernière Cène (13) : le repas le lavement des pieds, la trahison de Judas, l’introduction au discours (commandement de l’amour, annonce des reniements de Pierre) ;

b) Derniers discours de Jésus (14−17) :

-première partie (14) : départ de Judas, habitation divine, le Paraclet ;

-deuxième partie : (15−16) : la vigne et les sarments, la haine du monde, le témoignage du Paraclet, répétition des thèmes de la première partie ;

-troisième partie (17) : prière « sacerdotale »

2. Passion et mort de Jésus (18−19) : arrestation, interrogatoire devant Anne et reniement de Pierre, procès devant Pilate, crucifixion, mort et ensevelissement ;

3. La résurrection (20,1-29) : quatre scènes à Jérusalem (deux au tombeau, deux dans une chambre).

     Conclusion de l’évangile (20,30-31) : déclaration sur l’objet de cet écrit.

Epilogue (21,1-25) : apparitions du ressuscité en Galilée ; deuxième conclusion.

 

Au regard de toutes ces propositions de plans, une observation s’impose : à l’exception de celui de BROWN, les plans proposés sont purement descriptifs, c’est-à-dire qu’ils ne révèlent dans le texte aucune logique d’exposition. Ce faisant, ils ont tous le mérite de ne pas être artificiels, mais ils font plus tables des matières que grilles de lecture qui indiquent au lecteur les points de vue dominants de l’auteur.

 

I.1.4 Le plan de  H. TROADEC[4]

TROADEC se laisse guider par l’idée  de témoignage, qui semble bien être celle sur laquelle a voulu insister l’auteur dans la 1° partie de l’évangile.

Prologue : 1, 1-18

Les témoignages : 1, 19-51

A – Le livre des signes et des œuvres : 2−12

B – Le livre de la Passion : 13−20

a) Discours : 13−17

b) La Passion et la Résurrection : 18−20

Appendice : 21

 

I.2  Notre Option

Les plans de TROADEC et de BROWN réaménagés en tenant compte de ces deux points d’attention :

 

A- Des indices textuels qui s’imposent :

Au plan du contenu : il faut reconnaître que le prologue contient en germe tout le reste de l’évangile dont il annonce les principaux thèmes :

-le rôle du Verbe est de donner la lumière à ceux qui vivent dans les ténèbres, de révéler la vérité ;

-l’action du verbe est universelle, passant d’Israël à l’humanité entière ;

-ceux qui sont de la vérité rendent témoignage au Verbe ;

- le Verbe substitue à la loi donnée par Moïse la grâce et la vérité…

Au plan de la tonalité d’ensemble du 4ème évangile, il convient de prendre au sérieux son caractère dramatique : on note une double progression : du point de vue de la révélation qu’apporte Jésus ; du point de vue des réactions positives (foi et accueil) ou négatives (incrédulité et hostilité) des hommes qui vont croissant.

 

B- En plus de l’idée de témoignage, une idée  semble sous-tendre les textes dans les deux livres, aussi bien celui des Signes que celui de la Gloire : Jésus met fin, non seulement aux institutions juives, mais aussi à tout l’ordre humain ancien ; mais il ne se contente pas de les supprimer, il y substitue un nouvel ordre de réalités, il les accomplit donc.

En plus de tout cela, notre plan prend bien sûr en compte les indices formels qui ont permis à tous les commentateurs de structurer l’évangile de Jean. On remarque : 1) une séparation très nette à la fin du chapitre 12 (12, 37-50), qui invite à intituler ce qui précède le Livre des signes (C.H. Dodd). Ce qui suit est nettement dans la perspective de la Passion : 13, 1 fait allusion à 19, 30 : « Tout est achevé ». 2) un appendice : le chapitre 21; remarquer les deux conclusions : 20, 30 et 21, 24-25. 3) enfin, le Prologue (1, 1-18) qui tranche nettement sur tout le reste.

On aura, en définitive :

Prologue : Identité et mission du Verbe Incarné (1,1-18)

Introduction : Les premiers témoignages rendus au Verbe                                                

(1,19-51)

1. Le témoignage de Jean-Baptiste (1,19-42)

2. Le témoignage des disciples du Baptiste (1,43-51)

Première Partie : Le Verbe accomplit sa mission : Jésus instaure une nouvelle économie du salut par ses signes et ses œuvres          (2,1—12,36)

A- Les signes : 2,1— 4,54

B- Les œuvres : 5,1— 12,36

Deuxième Partie : Le Verbe accomplit sa mission : Jésus instaure une nouvelle économie du salut par ses dernières oeuvres : le don de son Esprit (son testament) et le don de sa vie (13,1—20,10)

A- Le don de l’Esprit (13—17)

B- Le don de la vie (18—20)

Conclusion : Les derniers témoignages rendus au Verbe de Vie (20, 11-31)

Epilogue : Identité et mission de l’Eglise, continuation du Verbe (21, 1-25)

 

 

 

I.3 ANALYSE GLOBALE DE L’EVANGILE DE JEAN suivant le plan retenu

 

Analyse détaillée du Prologue : 1, 1-18 (voir polycopiées)

 

Introduction : le témoignage de Jean-Baptiste et de ses disciples : 1, 19-51

 

Le prologue, avons-nous dit, contient en germe tout le reste de l’évangile de Jean, car il en recèle tous les thèmes majeurs. Un de ces thèmes est celui du témoignage que les croyants ont à rendre au Verbe incarné. Le chef de fil de ces témoins est sans conteste Jean, le Baptiste, dont le témoignage est solennellement annoncé par deux fois dans l’hymne théologique (vv. 6-8 et v. 15). Le passage que nous examinons maintenant est le développement historique, dans les détails les plus concrets, de cette mission de témoignage échue à Jean-Baptiste et à ceux qui l’écoutèrent.

 

Cette section introductive comporte donc deux parties :

1. Le témoignage de Jean-Baptiste (1,19-42)

2. Le témoignage des disciples du Baptiste et de leurs amis (1,43-51)

 

Le témoignage du Baptiste, le premier de tous (car de lui dérivent tous les suivants ainsi que nous l’avons déjà dit)  est incontournable pour effectuer le passage de l’ancien au nouveau testament, pour reconnaître la présence et l’identité du Christ. L’ambiance du récit de Jn 1, 19-42 est « une ambiance de prétoire », ce qui laisse voir le caractère dramatique que revêtira l’itinéraire du Verbe incarné. Lorsque J-B, après avoir refusé toute identification à quelqu’un des protagonistes des derniers temps -se contentant d’être regardé comme le Précurseur- reconnaît et désigne à l’attention de ses disciples le Messie, ceux-ci peuvent devenir à leur tour des témoins après être devenus des croyants en demeurant avec Jésus.

Le contenu du témoignage que J-B porte se résume dans ces quatre phrases :

-« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; il vient après moi et je ne suis pas digne de dénouer la lanière de sa sandale. » (1, 26)

-« Voici l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (1, 29)

-« J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et rester sur lui » (1, 32)

-« Celui-ci est le Fils de Dieu » (1, 34)

Jn 1, 43-51 montre que, si le témoignage du Baptiste oriente ses disciples vers le Messie, seule la rencontre avec ce dernier éveillera leur foi en lui et cette foi sera la source de leur propre témoignage : ils lui donnent d’autres titres (Rabbi, le christ, le fils de Joseph de Nazareth, le Fils de Dieu, le roi d’Israël) pour l’identifier et l’annoncer de proche en proche. Ainsi s’accroît leur conscience christologique et se développe en eux la foi qui procure la vie.



[1] A. JAUBERT, in CE 17, p. 27

[2] Voir Lecture de l’Evangile selon Jean T. I-IV

[3]  Voir Que sait-on du Nouveau Testament ?,  377-378

[4]Voir Le Message de saint Jean. Introduction à l’étude du 4ème Evangile et de l’Apocalypse, Mame, Paris, 1961

Par Abbé Théophile NARE - Publié dans : Théologie - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Vendredi 27 juin 2008 5 27 /06 /2008 22:17

CHAPITRE IV –  HISTOIRE DE LA REDACTION

 

 IV.1 La question de l’unité et des sources

1- Pour le Quatrième évangile

A) Les difficultés

Nous rencontrons dans l’évangile de Jean des différences de style (par exemple entre le Prologue théologique : 1, 1-18, l’Epilogue : 21, 1ss et le reste du texte), des problèmes logiques dus à un désordre apparent (par exemple l’ordre de Jn 4, 5 et 6 fait problème pour la cohérence géographique ; l’ordre suivant serait plus satisfaisant : 4, 6 et 5) ; des répétitions insolites (par exemple Jn 3, 31-36 semble répéter Jn 3, 7.11-13.15-18 et Jn 16, 4-33 reprend Jn 14 ; de même Jn 6, 51-58 réitère Jn 6, 35-51) ; des incohérences (l’existence de Jn 15−17 après Jn 14, 31) ; des contradictions (par exemple entre Jn 3, 22 et 4, 2 ; 12, 36 et 12,44 ; 13, 36 et 14, 5 ou 16, 5) ; de fausses conclusions (Jn 10, 40-42 semble conclure la première partie de l’évangile en inclusion avec Jn 1, 28 alors que la partie ne s’achèvera vraiment qu’en Jn 12 ; de même Jn 20, 30-31 apparaît comme la conclusion de l’ensemble de l’ouvrage qui ne s’achève en réalité qu’après un autre long chapitre)…

 

B) Les solutions

La solution à ces problèmes se trouve sans dans la reconnaissance en amont du texte d’une diversité de sources et d’éditions, donc de rédacteurs.

 

1- La théorie des sources diverses

On peut distinguer trois sources possibles :

-La source des signes, formée de miracles de l’évangile et qui constitue la première partie de l’ouvrage.

-Les discours de révélation d’inspiration gnostique que l’auteur a placés sur les lèvres de Jésus.

-Les récits de la passion et de la résurrection qui constituent des parallèles aux récits des synoptiques.

Un rédacteur final aurait mis de l’ordre dans ces matériaux divers non sans imprimer sa marque personnelle à l’ensemble par l’ajout de notes sacramentelles (cf Jn 3 ; 5 ; 6, 51-58 ; 19, 34b-35) et par des références aux réalités et fins dernières qui nuancent l’eschatologie (réalisée) présente (cf Jn 5, 28-29 ; 12, 48).

La théorie des sources est géniale mais elle laisse inexpliqué un fait, à savoir la présence dans toutes les trois sources de ce qu’on peut appeler les « marques littéraires johanniques ». Cela fait qu’on a aussi l’impression que tout se tient dans l’évangile de Jean. Une autre théorie, qui tend à s’imposer parmi les exégètes, est celle des éditions successives. Elle permettrait de mieux rendre compte des difficultés soulevées.

 

2- La théorie des éditions multiples

Cette théorie imagine que le travail rédactionnel du 4° évangile a eu 5 phases.

-Etape 1 : un matériau évangélique

A la base de l’évangile de Jean, on peut imaginer des données traditionnelles parallèles à la tradition synoptique, même si cette tradition « de Jean » garde une certaine indépendance. A ce premier stade (oral), il faut parler des dires et des faits de Jésus (Paroles et Actes) peut-être en deux sources séparées…

-Etape 2 : La marque johannique

Sous l’influence d’une personnalité forte et autorisée (en l’occurrence l’apôtre Jean), le premier matériau évangélique est mis par écrit dans ses grandes lignes. Le texte garde cependant des traces de l’oralité repérables dans des phénomènes stylistiques et rhétoriques particuliers comme les répétitions, les mots-crochet, les inclusions…La rédaction à cette étape n’a pas pu prendre en compte tout le matériau qui circulait sur la vie et le ministère de Jésus.

-Etape 3 : première édition de l’évangile

Une rédaction plus rigoureuse s’est faite sous la forme d’un évangile structuré (avec les étapes essentielles de la vie de Jésus : prédication en Judée et en Galilée, procès et passion-mort-résurrection à Jérusalem). Ce travail est l’œuvre d’un rédacteur anonyme, membre du groupe de disciples de Jean qu’on peut appeler « l’école johannique ». A cette étape non plus la relation n’a pu être exhaustive quant au contenu du matériau traditionnel.

 

 

 

 

-Etape 4 : deuxième édition de l’évangile

R. BROWN[1] imagine une deuxième édition de l’évangile avec pour objectif de répondre à des besoins nouveaux de la communauté johannique : questions des rapports avec les disciples de Jean-Baptiste ; des juifs chrétiens exclus de la synagogue ; des divisions internes au sein de la communauté…

-Etape 5 : rédaction finale

Un membre éminent de l’école johannique est considéré comme responsable de l’édition finale qui nous est parvenue. Ce rédacteur final a introduit dans le texte des éléments du matériau traditionnel que n’avait pas retenus la toute première édition (étape 2). Les chapitres 11-12 et 15-17 ainsi que 21 auraient été intégrés seulement alors. C’est au rédacteur final qu’on attribue les ruptures de style, les maladresses, les doublets et aussi le prologue théologique

En conclusion, il faut reconnaître que l’évangile de Jean est né dans une culture bien différente de celle déterminée par la logique « rationnelle ». Ayant subi les influences de nombreux auteurs, et ayant été façonné en plusieurs étapes, il est le fruit d’une longue histoire, marquée par des répétitions et parfois même des contradictions liées aux différentes marques laissées par les auteurs. Mais le travail n’a pas été fait sans souci littéraire et narratif. En réalité, l’évangile actuel porte essentiellement la marque d’un rédacteur final, le représentant de l’école johannique. Il a mis au point une œuvre littéraire puissante, construite, comme tout évangile chrétien, autour de la figure centrale de Jésus, Messie, Fils de Dieu, Sauveur du monde.

 

 2- Pour l’Apocalypse

A) Les difficultés

Des désordres apparents et des obscurités tenaces ont été relevés par de nombreux critiques dans le texte actuel de l’Apocalypse. Cela explique pourquoi certains n’y voient qu’une compilation informe de sources disparates sans aucune unité de composition. Selon Charles, on ne peut comprendre ce livre qu’en identifiant du moins les principales sources de matériaux utilisés. Il en distingue deux :

-les sources juives ou judéo-chrétiennes d’où proviendraient 1) Ap 7, 1-8 (datable d’avant l’an 70 année de la destruction du Temple) ; Ap 11, 1-13 (référence est faite aux zélotes et le texte suppose Jérusalem non détruite) ; 12, 7-12 et 17−18 ; 2) les lettres aux Eglises incorporées plus tard.

-les sources païennes d’où proviendrait Ap 12, 1-6.13-17 (ce texte a une forme mythique et il n’y a aucune référence à la mort-résurrection du Christ).

Il faudrait ensuite toujours selon Charles, rétablir l’ordre du texte brouillé par un éditeur maladroit. Ce dernier aurait malencontreusement ajouté les vv. 7-12 au chapitre 8 (qui n’avait initialement que trois malheurs) afin d’avoir un septénaire ; pour exclure de la suite de l’Agneau les gens mariés et les femmes, le même éditeur aurait introduit les VV. 3-4 du chapitre 14…

Marie-Emile BOISMARD, pour sa part, admet l’unité de composition de l’Apocalypse, mais seulement dans l’hypothèse de rédactions successives. Le texte présente en effet des incohérences dénotant les défauts d’une combinaison de deux écrits distincts. Les indices en sont nombreux :

-les doublets : Ap 7, 2-8//14, 1-5 ; 13, 1-8//17, 3. 8 (la bête à 7 têtes et 10 cornes) ; 21, 1-8//21, 9−22, 5 (la Jérusalem idéale) ; 14, 8//18, 2-3 (chute de Babylone)…

-les parallélismes entre Ap 8−9 (septénaire des trompettes) et Ap 16 (septénaire des coupes)

-l’interprétation divergente des mêmes faits : la Bête en Ap 13 = l’Empire romain ; en Ap 17, elle représente un des empereurs de Rome.

BOISMARD arrive en fin de compte à la conclusion que le texte actuel de l’Apocalypse est le résultat de la fusion de deux apocalypses dont l’une couvre les chapitres 4 à 11 et l’autre les chapitres 12 à 20. Le septénaire des lettres, lui aussi, aurait eu une existence indépendante. Le rédacteur final, afin de donner la forme d’une lettre à l’ensemble, aurait créé les parties introductives et conclusives.

 

B) Unité de composition de l’Apocalypse

Nous pouvons, pour notre part, emprunter les mots de la fin à A. FEUILLET qui note que dans leur ensemble, les exégètes modernes sont de moins en moins favorables aux hypothèses hasardeuses, qui font de l’Apocalypse une compilation informe de sources diverses : l’unité d’inspiration et de style s’y oppose. Ils demeurent pareillement sceptiques en face des hypothèses, souvent contradictoires, qui s’autorisent du désordre apparent ou des obscurités du texte pour opérer des suppressions ou des transpositions[2]. Il suffit de tenir compte, dans l’explication du livre, de ce fait indéniable : l’auteur de l’Apocalypse a eu recours à des sources diverses et à au moins deux genres littéraires (épistolaire et apocalyptique) pour composer un texte qui, dans son état actuel, est une œuvre chrétienne unique, bien intégrée.

 

IV.2 Unité et cohésion des E.J ou l’œuvre de « l’école johannique »

Au regard de l’indéniable diversité des styles et des matériaux littéraires qui caractérise le 4° évangile, les 3 épîtres de Jean et le livre de l’Apocalypse, et en prenant également en compte les liens thématiques, une certaine communauté de théologie et d’expressions typiques et enfin l’unité d’inspiration de l’ensemble, on est fondé à affirmer que les producteurs de cette littérature variée sont de la même veine, issus d’un même milieu spirituel, membres d’une même grande communauté de foi et de vie, fondé par le « disciple bien-aimé » qui se donne pour auteur de l’évangile de Jean, ce disciple que, pour notre part, nous avons identifié avec l’apôtre Jean. Dès lors, comme le soutient R. BROWN, on peut approuver la thèse d’une « école johannique » où plusieurs disciples emploieraient à la fois un style et un matériel traditionnel dans cette communauté –traditionnels parce qu’en tout ou en partie façonnés par le disciple bien-aimé[3]. On peut donc considérer cette « école johannique » comme l’entité responsable en dernier ressort de ce que nous appelons les Ecrits Johanniques.



[1] R.E. BROWN, Que sait-on du Nouveau Testament ?, 405-406

[2] A. FEUILLET, L’Apocalypse. L’état de la question, 26

[3] R. E. BROWN, Que sait-on du Nouveau Testament ?, 412

Par Abbé Théophile NARE - Publié dans : Théologie - Communauté : Pensées d'ailleurs
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